—Et vous seriez désireux de vous les approprier, conclut le Kaw-djer.

—Je proteste contre le mot, s’écria Beauval avec un geste de réunion publique. Élu sur un programme collectiviste, je me borne à l’appliquer. Ma démarche ne tend à rien qui ressemble à une spoliation. Il ne s’agit pas de confisquer, mais, ce qui est fort différent, de socialiser ces instruments de production.

—Venez les prendre, dit tranquillement le Kaw-djer. Beauval recula d’un pas. Zol fit entendre un grognement de mauvais augure.

—Dois-je comprendre, demanda-t-il, que vous refusez de vous conformer aux décisions de l’autorité régulière de la colonie?

Une flamme de colère s’alluma dans les yeux du Kaw-djer. Ramassant son fusil, il se leva. Puis, frappant la crosse contre le sol:

—En voilà assez de cette comédie, signifia-t-il durement. J’ai dit: Venez les prendre.»

Excité par l’attitude de son maître, Zol montra les dents. Beauval, intimidé, tant par cette manifestation hostile, que par le ton résolu et la carrure herculéenne de son interlocuteur, jugea préférable de ne pas insister. Prudemment, il battit en retraite, en mâchonnant de confuses paroles, dont le sens général était que le cas serait soumis au Conseil, lequel arrêterait telles mesures qu’il appartiendrait.

Sans l’écouter, le Kaw-djer lui avait tourné le dos et laissait son regard errer de nouveau sur la mer. L’incident comportait une leçon, toutefois, et cette leçon, Harry Rhodes voulut la mettre en évidence.

«Que pensez-vous de la démarche de Beauval? demanda-t-il.

—Que voulez-vous que j’en pense? répondit le Kaw-djer. Que peuvent me faire les faits et gestes de ce fantoche?