—Un révolutionnaire, répondit Beauval avec une candeur dont il n’avait même pas conscience.

—Un révolutionnaire!... Qu’entendez-vous par ce mot, monsieur le Gouverneur?

—Pour moi comme pour tout le monde, expliqua Beauval, un révolutionnaire est un homme qui s’insurge contre les lois et refuse de se soumettre aux autorités régulièrement instituées.

—Le Kaw-djer vous aurait-il donc créé des difficultés?

—J’ai fort à faire avec lui, dit Beauval d’un air important. C’est ce qu’on appelle une forte tête... Mais je le materai, affirma-t-il énergiquement.

Le commandant du navire chilien semblait très intéressé. Après un instant de réflexion, il demanda:

—Serait-il possible de voir ce Kaw-djer, sur lequel s’est portée à plusieurs reprises l’attention de mon Gouvernement?

—Rien de plus facile, répondit Beauval... Et tenez! précisément, le voici qui vient de notre côté.»

Ce disant, Beauval montrait de la main le Kaw-djer en train de traverser la rivière sur le ponceau. Le commandant se porta à sa rencontre.

«Un mot, Monsieur, s’il vous plaît, dit-il en soulevant légèrement sa casquette galonnée.