—Elle vous est assurée, affirma le Kaw-djer. Quant à rester ici, cela vous regarde; chacun est libre de soi-même. Tout au plus me permettrai-je de vous donner un conseil pour le choix de votre demeure. Si vous m’en croyez, vous demanderez l’hospitalité à la famille Rhodes, qui vous l’accordera certainement à ma prière.»

Cette sage solution ne se heurta, en effet, à aucune difficulté. La fugitive fut reçue à bras ouverts par la famille Rhodes, et spécialement par Clary, heureuse d’avoir une compagne de son âge.

Un souci torturait, cependant, le cœur de Graziella. Qu’allait devenir sa mère dans l’enfer où elle l’avait abandonnée? Le Kaw-djer la rassura. Sur l’heure, il irait inviter Tullia à rejoindre sa fille.

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Les jeunes gens s’empressèrent de battre en retraite... (Page 188.)

Disons tout de suite qu’il devait échouer dans sa charitable mission. Tout en approuvant le départ de Graziella et en s’applaudissant de la savoir en sûreté sur l’autre rive sous la protection d’une famille honorable, Tullia se refusa obstinément à quitter son mari. La tâche qu’elle avait accepté d’accomplir, elle l’accomplirait jusqu’au bout. Cette tâche, c’était d’accompagner sur la route de la vie, quoiqu’elle en dût souffrir, et dût-elle en mourir, cet homme qui, en ce moment même, cuvait, masse inerte, sa première ivresse de la journée.

En rapportant cette réponse, à laquelle il s’attendait, d’ailleurs, le Kaw-djer trouva, près de Graziella, Ferdinand Beauval, soutenant contre Harry Rhodes une discussion qui commençait à tourner à l’aigre.

«Qu’y a-t-il? demanda le Kaw-djer.

—Il y a, répondit Harry Rhodes irrité, que Monsieur se permet de venir réclamer jusque chez moi Graziella, qu’il prétend ramener à son délicieux père.