Cette convention, qui fixait les droits des deux États, privait la Magellanie de son indépendance. Qu’allait faire le Kaw-djer, dont le pied foulerait désormais un sol devenu chilien?

Ce fut le 25 février qu’on eut connaissance du traité à l’Ile Neuve, où Karroly, au retour d’un pilotage, en apporta la nouvelle.

Le Kaw-djer ne put retenir un mouvement de colère. Pas une parole ne lui échappa, mais ses yeux s’imprégnèrent de haine, et, dans un terrible geste de menace, sa main se tendit vers le Nord. Incapable de maîtriser son agitation, il fit quelques pas désordonnés. On eût dit que le sol se dérobait sous ses pieds, qu’il ne lui offrait plus un point d’appui suffisant.

Enfin, il parvint à reprendre possession de lui-même. Son visage, un instant convulsé, recouvra sa froideur habituelle. Il alla rejoindre Karroly et l’interrogea d’un ton calme.

«La nouvelle est certaine?

—Oui, répondit l’Indien. Je l’ai apprise à Punta-Arenas. Il paraît que deux pavillons sont hissés à l’entrée du détroit sur la Terre de Feu: l’un chilien au cap Orange, l’autre argentin au cap Espiritu Santo.

—Et, demanda le Kaw-djer, toutes les îles au sud du canal du Beagle dépendent du Chili?

—Toutes.

—Même l’Ile Neuve?

—Oui.