—Ni moi, dit son frère William.

—Ni vous, ni personne, conclut Dorick. Pas si bête, le gaillard!... Il n’a pas attendu qu’on lui donne la place. Il l’a prise.

—Ça n’est pas légal, protesta doctoralement Fred Moore.

—Légal!... Parbleu! il s’en moque bien! riposta Dorick. Pourquoi se gênerait-il avec des moutons qui tendent le dos pour qu’on les tonde?... A-t-il demandé notre avis pour rétablir la propriété? Avant, on était tous pareils. Maintenant, il y a des riches et des pauvres.

—C’est nous, les pauvres, constata mélancoliquement Sirdey... Il y a trois jours, ajouta-t-il avec indignation, il m’a annoncé que ma journée serait réduite de dix cents...

—Comme ça?... Sans donner de raisons?...

—Si. Il prétend que je ne travaille pas assez... J’en fais toujours autant que lui, qui se promène du matin au soir les mains dans les poches... Dix cents de rabais sur une journée d’un demi-dollar!... S’il compte sur moi pour les travaux du port, il peut attendre!...

—Tu crèveras de faim, répliqua Dorick d’un ton glacial.

—Misère!... jura Sirdey en serrant les poings.

—Avec moi, dit William Moore, c’est il y a quinze jours qu’il a fait ses embarras. Il a trouvé que je rouspétais trop fort contre John Rame, son garde-magasin. Paraît que je dérangeais Monsieur... Si vous aviez vu ça!... Un empereur!... Faut payer leur camelote et dire encore merci!