«Camarades, dit-il en se relevant, je suis à bout... Déjà, tout à l’heure, j’étais décidé à l’action... Ce que nous avons vu me confirme dans mon projet... On est venu ici... c’est une raison de plus de se hâter, car on peut revenir, et ce qu’on n’a pas trouvé aujourd’hui, on peut le trouver demain.
La voix de Dorick était fébrile, sa parole haletante, ses gestes violents. Visiblement, il était à bout, ainsi qu’il le disait.
A l’exception de Sirdey qui demeura impassible, les autres approuvèrent bruyamment.
—Pour quand, l’opération? demanda Fred Moore.
—Pour ce soir même... répondit Dorick.
Il ajouta, hachant les mots comme un homme dominé par ses nerfs:
—J’ai bien réfléchi... Puisque nous n’avons pas d’armes, je m’en fabriquerai... Une bombe... ce soir même... en comprimant par couches successives de la poudre entre des toiles trempées dans du goudron... C’est pour cela que j’ai besoin de feu... pour faire fondre le goudron... Certes, ma bombe ne vaudra pas les engins perfectionnés à mouvement d’horlogerie ou à renversement... Mais on fait ce qu’on peut... Je ne suis pas un chimiste, moi... Telle quelle, d’ailleurs, elle fera son effet... Une mèche la traversera de part en part... La mèche durera trente secondes... J’en ai fait l’expérience... Juste le temps d’allumer et de lancer...
Les auditeurs de Dorick étaient frappés malgré eux de son air étrange. Son regard était brûlant et, dans une certaine mesure, égaré. Lewis Dorick était-il donc fou?
Non, il n’était pas fou, ou du moins il ne l’était pas au sens pathologique du mot. Si toute sa vie d’amertume et d’envie lui remontait aux lèvres à cette heure et donnait à son attitude cette fébrilité, il gardait autant de lucidité qu’en peut conserver un homme devenu la proie de la fureur.
—Qui la jettera, cette bombe? demanda Sirdey froidement.