Sand approuva de la tête. Mais, en réalité, il ne comprenait pas, il faut l’avouer.

—Pige-moi ça, mon vieux! annonça Dick triomphalement.

—Des allumettes!... s’écria Sand émerveillé par un si prodigieux joujou.

—Et ça!... reprit Dick en sortant péniblement de sa poche la demi-douzaine de pommes de terre qu’il y avait fait entrer de force avant de partir.

Sand battit des mains.

—Comme ça, décréta Dick dominateur, tu seras le patron du restaurant. Moi, je serai le client.

—Pourquoi?... demanda Sand avec innocence.

—Parce que!... répondit Dick.

Devant cet argument péremptoire, il ne restait à Sand qu’à s’incliner. C’est pourquoi, lorsqu’ils furent tous deux dans la grotte, les choses se passèrent comme l’avait arrêté son tyrannique camarade. Dans un coin, il y avait un tas de branches venues on ne savait d’où. Quelques-unes de ces branches furent bientôt transformées en un feu magnifique, et les pommes de terre commencèrent à cuire.

Quand elles furent cuites, le véritable jeu commença. Sand joua à merveille le rôle du restaurateur, et Dick ne lui fut pas inférieur dans celui du client de passage. Il aurait fallu voir avec quelle désinvolture il entra dans la grotte,—car, bien entendu, il en était ressorti pour augmenter la vraisemblance,—avec quelle distinction il s’assit par terre devant l’illusion d’une table, avec quelle autorité il réclama tous les mets qui lui venaient à l’esprit. Il demanda des œufs, du jambon, du poulet, du corned-beef, du riz, du pudding, et plusieurs autres choses. Dieu merci, le client pouvait impunément se montrer exigeant. Jamais on n’avait vu un restaurant si bien garni. Le restaurateur avait de tout. Quelle que fût la commande, il répondait sans hésiter par des «Voilà, Monsieur!», en apportant sans aucun retard les mets indiqués, qui étaient en effet, il n’en faut pas douter, des œufs, du jambon ou du poulet, bien qu’un observateur superficiel les eût peut-être confondus avec de simples pommes de terre.