Sans s’occuper de lui, le Kaw-djer fit un premier pas vers Dorick...

Celui-ci, affolé par la foudroyante rapidité de ces événements, avait assisté à la bataille sans y prendre part. Il était resté en arrière, tenant à la main sa bombe d’où pendaient quelques centimètres de mèche. Paralysé par la surprise, il n’avait pas eu le temps d’intervenir, et le résultat de la lutte lui montrait maintenant de quelle inutilité serait une plus longue résistance. Au mouvement que fit le Kaw-djer, il comprit que tout était perdu...

Alors, une folie le saisit... Une vague de sang monta à son cerveau: selon l’énergique expression populaire, il vit rouge... Une fois au moins dans sa vie, il vaincrait... Dût-il périr, l’autre périrait!...

Il bondit vers le feu et saisit un tison qu’il approcha de la mèche, puis son bras ramené en arrière se détendit pour lancer le terrible projectile...

Le temps manqua à son geste de meurtre. Fut-ce par suite d’une maladresse, d’une défectuosité de la mèche, ou pour toute autre cause? La bombe éclata dans ses mains. Soudain, une violente détonation retentit... Le sol trembla. La gueule béante de la grotte vomit une gerbe de feu...

A l’explosion, un cri d’angoisse répondit au dehors. Hartlepool et ses hommes, ayant enfin reconnu leur erreur, arrivaient au pas de course, juste à temps pour assister au drame. Ils virent la flamme, divisée en deux langues ardentes, jaillir de part et d’autre du Kaw-djer, dont le petit Dick terrifié embrassait les genoux, et qui demeurait debout, immobile comme un marbre, au milieu de ce cercle de feu. Ils s’élancèrent au secours de leur chef.

Mais celui-ci n’avait pas besoin d’être secouru. L’explosion l’avait miraculeusement épargné. L’air déplacé s’était séparé en deux courants qui l’avaient frôlé sans l’atteindre. Immobile et debout comme on l’avait aperçu au moment du péril, on le trouva, le péril passé. Il arrêta de la main ceux qui accouraient à son aide.

«Gardez l’entrée, Hartlepool,» ordonna-t-il de sa voix habituelle.

Stupéfaits de cet incroyable sang-froid, Hartlepool et ses hommes obéirent, et une barrière humaine se tendit en travers de l’ouverture de la grotte. La fumée se dissipait peu à peu, mais, le feu ayant été éteint par l’explosion, l’obscurité était profonde.

—De la lumière, Hartlepool, dit le Kaw-djer.