Le Patagon sourit de nouveau d’un air incrédule.

—Tu ne me crois pas? interrogea le Kaw-djer.

—L’homme blanc a promis, répliqua l’Indien avec assurance. Il donnera la grande ville aux Patagons.

—L’homme blanc?... répéta le Kaw-djer étonné. Il y a donc un blanc parmi vous?»

Mais toutes ses questions demeurèrent vaines, L’Indien avait dit évidemment tout ce qu’il savait, et il fut impossible d’en obtenir plus de détails.

Le Kaw-djer se retira soucieux. Quel était cet homme blanc, traître à sa race, qui s’alliait contre d’autres blancs à une bande de sauvages? En tous cas, c’était une nouvelle raison de se hâter. Bien qu’Hartlepool, se conformant aux ordres reçus, eût sûrement pris les mesures les plus urgentes, il n’était pas sans intérêt d’apporter du renfort à la garnison de Libéria.

Vers huit heures du soir, on partit. La troupe commandée par le Kaw-djer comptait maintenant cent cinquante-six hommes, dont cent deux armés aux dépens des Patagons. Des fantassins la composaient exclusivement, les chevaux ayant été laissés à l’enclos des Rivière. Pour s’introduire dans Libéria et franchir la ligne des ennemis, le Kaw-djer n’avait pas l’intention, en effet, d’appliquer la méthode, assurément courageuse, mais insensée, que ceux-ci avaient mise en pratique lorsqu’il s’était agi de forcer les passages difficiles. Son plan étant d’employer la ruse plutôt que la force, les chevaux eussent été plus gênants qu’utiles.

En trois heures de marche, on arriva en vue de la ville. Dans la nuit alors complètement tombée, une ligne de feux dessinait le camp des Patagons, établi selon un vaste demi-cercle, qui à droite, s’arrêtait au commencement du marécage et s’appuyait, à gauche, sur la rivière. L’investissement était complet. Se glisser inaperçus entre les postes espacés de cent en cent mètres était impraticable.

Le Kaw-djer fit faire halte à son monde. Avant de pousser plus loin, il fallait décider quelle tactique il convenait d’adopter.

Mais les envahisseurs n’étaient pas tous sur la rive droite de la rivière. Quelques-uns au moins avaient dû traverser l’eau en amont de la ville. Tandis que le Kaw-djer réfléchissait, une vive lumière éclata tout à coup dans le Nord-Ouest. C’étaient les maisons du Bourg-Neuf qui brûlaient.