Pendant trois jours encore, la marche vers le Nord se continua sans incident. Sur les pentes, des colons apparaissaient parfois et, tant qu’elles étaient visibles, suivaient des yeux la horde et la troupe attachée à ses pas. Le soir du quatrième jour, on arriva enfin au point même où les Patagons avaient débarqué. Le lendemain, dès l’aube, ils poussèrent à l’eau les pirogues qu’ils avaient cachées dans les rochers du littoral. Les unes, chargées seulement d’hommes, mirent le cap à l’Ouest afin de contourner la Terre de Feu, les autres, franchissant le canal du Beagle, allèrent directement aborder la grande île que les cavaliers traverseraient. Mais, derrière eux, ils laissaient quelque chose. Au bout d’une longue perche plantée dans le sable du rivage, ils abandonnaient cette chose ronde qu’ils avaient portée depuis Libéria avec une si étrange obstination.
Lorsque la dernière pirogue fut hors de portée, les Hosteliens s’approchèrent du bord de la mer et virent alors avec horreur que la chose ronde était une tête humaine. Quelques pas de plus, et ils reconnurent la tête de Sirdey.
Lorsque Patterson apparut... (Page 380.)
Cette découverte les remplit d’étonnement. On ne s’expliquait pas comment Sirdey, disparu depuis de longs mois, pouvait se trouver avec les Patagons. Seul, le Kaw-djer ne fut pas surpris. Il connaissait, en partie tout au moins, le rôle joué par l’ancien cuisinier du Jonathan, et le drame était clair pour lui. Sirdey, c’était l’homme blanc, en qui les Indiens avaient eu tant de confiance. Ils s’étaient vengés de leur déception.
Le lendemain matin, le Kaw-djer se mit en route pour Libéria. Il y entrait le soir du 30 décembre avec son escorte exténuée.
L’île Hoste avait connu la guerre. Grâce à lui, elle sortait indemne de l’épreuve, les envahisseurs chassés jusqu’au dernier de son territoire. Mais le point final de la terrible aventure n’était pas apposé. Un devoir cruel restait à remplir.
Dans la prison où il était détenu, Patterson avait éprouvé une succession de sentiments divers. Le premier de tous fut l’étonnement de se voir sous les verrous. Que lui était-il donc arrivé? Puis, la mémoire lui revenant peu à peu, il se rappela Sirdey, les Patagons et leur abominable trahison.
Ensuite, que s’était-il passé? Si les Patagons avaient été vainqueurs, ils eussent sans doute achevé ce qu’ils avaient commencé, et il serait mort à l’heure actuelle. Puisqu’il se réveillait en prison, il en devait conclure qu’ils avaient été repoussés.