Le Kaw-djer s’approcha de cet Athlinata, avec lequel il avait déjà échangé quelques mots.

«Qu’attendez-vous? demanda-t-il.

—De connaître le sort qu’on nous réserve, répondit Athlinata.

—Vous n’avez rien à craindre, affirma le Kaw-djer. Vous êtes libres.

—Libres!... répéta l’Indien surpris.

—Oui, les guerriers patagons ont perdu la bataille et retournent dans leur pays. Partez avec eux: vous êtes libres. Vous direz à vos frères que les hommes blancs n’ont pas d’esclaves et qu’ils savent pardonner. Puisse cet exemple les rendre plus humains!»

Le Patagon regarda le Kaw-djer d’un air indécis, puis, suivi de ses compagnons, il se mit en marche à pas lents. La troupe désarmée passa entre la double haie de la garnison silencieuse, sortit de l’enceinte, et prit à droite, vers le Nord. A cent mètres en arrière, le Kaw-djer et ses trois cents hommes l’escortaient, barrant la route du Sud.

Aux approches du soir, on aperçut le gros des envahisseurs campé pour la nuit. Personne ne les avait inquiétés pendant leur retraite, pas un coup de fusil n’avait été tiré. Mais cette preuve de la miséricorde de leurs adversaires ne les avait pas rassurés, et ils manifestèrent une vive inquiétude, en voyant approcher une masse si importante de cavaliers et de fantassins. Afin de leur donner confiance, les Hosteliens firent halte à deux kilomètres, tandis que les prisonniers libérés, emmenant avec eux les blessés, continuaient leur marche et allaient se réunir à leurs compatriotes.

Quelles durent être les pensées de ces Indiens sauvages, lorsque revinrent librement ceux qu’ils pensaient réduits en esclavage? Athlinata fut-il un fidèle mandataire, et connurent-ils les paroles qu’il avait mission de leur redire? Ses frères comparèrent-ils, ainsi que l’espérait son libérateur, leur conduite habituelle avec celle de ces blancs qu’ils avaient voulu détruire et qui les traitaient avec tant de clémence?

Le Kaw-djer l’ignorerait toujours, mais, dût sa générosité être inutile, il n’était pas homme à la regretter. C’est à force de répandre le bon grain qu’une semence finit par tomber dans un sillon fertile.