Que faisaient-ils? Dans quelle discussion violente étaient-ils engagés?

Cela dura longtemps. Une heure au moins. Puis la colonne parut s’organiser. Elle se divisa en trois groupes, les guerriers démontés au centre, précédés et suivis par un escadron de cavaliers. Un des cavaliers d’avant-garde portait haut par-dessus les têtes quelque chose dont on ne pouvait reconnaître la nature. C’était une chose ronde... On eût dit une boule fichée sur un bâton...

La horde s’ébranla vers dix heures. Se réglant sur la vitesse de ses piétons, elle défila lentement sous les yeux des Libériens. Le silence était profond, maintenant, de part et d’autre. Plus de vociférations du côté des vaincus, plus de hourras parmi les vainqueurs.

Au moment où l’arrière-garde des Patagons se mettait en marche, un ordre courut parmi les Hosteliens. Le Kaw-djer demandait à tous les colons sachant monter à cheval de se faire immédiatement connaître. Qui eût jamais cru que Libéria possédât un si grand nombre d’habiles écuyers? Chacun brûlant de jouer un rôle dans le dernier acte du drame, presque tout le monde se présentait. Il fallut procéder à une sélection. En moins d’une heure, une petite armée de trois cents hommes fut réunie. Elle comprenait cent piétons et deux cents cavaliers. Le Kaw-djer en tête, les trois cents hommes s’ébranlèrent, gagnèrent le chemin, disparurent, en route pour le Nord, à la suite de la horde en retraite. Sur des brancards, ils transportaient les quelques blessés recueillis dans l’enclos de Patterson, et dont la plupart n’atteindraient pas vivants le littoral américain.

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«Vous direz a vos frères que les hommes blancs n’ont pas d’esclaves.» (Page 375.)

Ils firent une première halte à la ferme des Rivière. Trois quarts d’heure plus tôt, les Patagons étaient passés le long de la palissade, sans essayer, cette fois, de la franchir. Abritée derrière les pieux de la clôture, la garnison les avait regardés défiler, et, bien qu’elle ne fût pas au courant des événements de la nuit précédente, personne de ceux qui la composaient n’avait eu la pensée d’envoyer un coup de fusil aux Indiens. Ils avançaient, l’air si déprimé et si las qu’on ne douta pas de leur défaite. Ils n’avaient plus rien de redoutable. Ce n’étaient plus des ennemis, mais seulement des hommes malheureux qui n’inspiraient que la pitié.

Un des cavaliers de tête portait toujours au bout d’une pique cette chose ronde que l’on avait aperçue de l’épaulement. Mais, pas plus que les Libériens au moment du départ, la garnison de la ferme Rivière n’avait pu reconnaître la nature de cet objet singulier.

Sur l’ordre du Kaw-djer, on débarrassa les prisonniers patagons de leurs entraves, et, devant eux, les portes furent ouvertes toutes grandes. Les Indiens ne bougèrent pas. Évidemment, ils ne croyaient pas à la liberté, et, jugeant les autres d’après eux-mêmes, ils redoutaient de tomber dans un piège.