FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.


DEUXIÈME PARTIE

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I
A TERRE.

Même en cette région si bouleversée, l’île Hoste est remarquable par la fantaisie de son plan. Si la côte septentrionale, qui borde le canal du Beagle sur la moitié de son étendue, en est sensiblement rectiligne, le littoral, sur le reste de son périmètre, est hérissé de caps aigus ou creusé de golfes étroits, dont quelques-uns profonds jusqu’à traverser l’île presque de part en part.

L’île Hoste est une des grandes terres de l’archipel magellanique. Sa largeur peut être estimée à cinquante kilomètres, et sa longueur à plus de cent, non compris cette presqu’île Hardy, recourbée comme un cimeterre, qui projette à huit ou dix lieues dans le Sud-Ouest la pointe connue sous le nom de Faux cap Horn.

C’est à l’Est de cette presqu’île, au revers d’une énorme masse granitique séparant la baie Orange de la baie Scotchwell, que le Jonathan était venu s’échouer.

Au jour naissant, une falaise sauvage apparut dans les brumes de l’aube, que ne tardèrent pas à dissiper les derniers souffles de la tempête expirante. Le Jonathan gisait à l’extrémité d’un promontoire dont l’arête, formée d’un morne très à pic du côté de la mer, se rattachait par un faîte élevé à l’ossature de la presqu’île. Au pied du morne s’étendait un lit de roches noirâtres, toutes visqueuses de varechs et de goëmons. Entre les récifs brillait par places un sable lisse et encore humide, prodigieusement constellé de ces coquillages: térébratules, fissurelles, patelles, tritons, peignes, licornes, oscabrions, mactres, vénus, si abondants sur les plages magellaniques. En somme, l’île Hoste ne semblait pas des plus accueillantes à première vue.