«Eh! gamin, disait en même temps une grosse voix, tu ne pourrais pas faire un peu attention?
Les doigts qui tenaient l’oreille serrant avec quelque rudesse, le sensible Sand se mit à pleurer.
Les choses sans doute en fussent restées là, si Dick, entraîné par son tempérament belliqueux, n’eût jugé à propos d’intervenir.
Tout à coup, Fred Moore—car tel était l’ennemi redoutable que Sand avait offensé—fut obligé de lâcher son prisonnier pour se défendre à son tour. Un allié inconnu de ce prisonnier—on emploie les armes qu’on peut!—le pinçait cruellement par derrière. Il se retourna vivement et se trouva face à face avec l’impertinent qui déjà l’avait une première fois bravé.
—C’est encore toi, morveux!» s’écria-t-il, en allongeant le bras pour appréhender cet infime adversaire.
Mais Sand et Dick, cela faisait deux. Si la capture de l’un était aisée, il n’en était pas de même de celle de l’autre. Dick fit un bond de côté et prit la fuite, poursuivi par Fred Moore sacrant et jurant comme un templier.
La poursuite se prolongea. Chaque fois que son ennemi allait l’atteindre, Dick s’échappait par un crochet, et Moore, de plus en plus irrité, ne trouvait devant lui que le vide. Toutefois, la partie était trop inégale pour qu’elle pût s’éterniser. Entre les jambes de Dick et celles de Fred Moore, aucune comparaison n’était possible. Malgré la belle défense du fuyard, l’instant vint où il lui fallut renoncer à tout espoir.
A ce moment précis, au moment où Fred Moore, lancé en pleine course, n’avait plus qu’à étendre la main pour en finir, son pied heurta un obstacle malencontreux, et, perdant l’équilibre, il tomba rudement sur le sol, au grand dommage de ses genoux et de ses mains. Dick et Sand, profitant de la diversion, s’empressèrent de se mettre hors d’atteinte.
L’obstacle qui avait causé la chute de Fred Moore était un bâton, et ce bâton n’était autre chose que la béquille de Marcel Norely. Pour secourir son ami en péril, l’enfant avait employé le seul moyen qui fût en son pouvoir, en lançant sa béquille dans les jambes de l’émigrant. Maintenant, heureux du succès obtenu, il riait de bon cœur, sans se douter qu’il eût accompli un acte tout simplement héroïque. Héroïque, son intervention l’était, pourtant, au premier chef, puisque le petit infirme, en se privant d’un accessoire indispensable, et en se condamnant par cela même à l’immobilité, attirait nécessairement sur lui la correction que Fred Moore destinait à un autre.
Celui-ci se redressa furieux. D’un bond, il fut sur Marcel Norely qu’il enleva comme une plume. Ainsi ramené à la saine réalité des choses, l’enfant cessa de rire et poussa incontinent des cris perçants. Mais l’autre n’en avait cure. Sa grosse main se leva, pleine d’une averse de soufflets...