—Il faudra quelle y consente! affirma-t-il d’une voix sourde.
Le Kaw-djer hocha la tête d’un air de doute.
—Graziella m’aidera à la persuader. Pour elle, son parti est pris. Elle est décidée à rester ici, si vous le permettez. Non seulement elle est lasse de la vie que lui fait son père, mais il y a aussi des émigrants dont elle a peur.
—Peur?... répéta le Kaw-djer surpris.
—Oui. Patterson d’abord. Voilà un mois qu’il tourne autour d’elle, et, s’il a vendu du rhum à Ceroni, c’est pour mettre celui-ci dans son jeu. Depuis quelques jours, il y en a un autre, un nommé Sirk, un de la bande à Dorick. C’est le plus à craindre de tous.
—Qu’a-t-il fait?
—Graziella ne peut sortir sans le rencontrer. Il l’a abordée et lui a parlé grossièrement. Elle l’a remis à sa place, et Sirk l’a menacée. C’est un homme dangereux. Graziella en a peur. Heureusement, je suis là!
Le Kaw-djer sourit de cette explosion de juvénile vanité. Du geste, il apaisa son pupille.
—Calme-toi, Halg, calme-toi. Attendons le jour du départ et nous verrons alors comment les choses tourneront. D’ici là je te recommande le sang-froid. La colère est, non seulement inutile, mais nuisible. Souviens-toi que la violence n’a jamais produit rien de bon et qu’il n’est pas de cas, sauf quand on est forcé de se défendre, où l’on soit excusable d’y recourir.»
Les soucis du Kaw-djer furent accrus par cette conversation. Outre l’ennui de voir Halg engagé dans cette fâcheuse aventure, il comprenait que l’intervention de rivaux allait encore compliquer les choses, en excitant la jalousie du premier en date et en provoquant peut-être des scènes regrettables.