La réception terminée, le résident est autorisé à parcourir Milliard-City, dont Calistus Munbar est chargé de lui faire les honneurs. En leur qualité de Français, les Parisiens et Athanase Dorémus ont voulu se joindre au surintendant. Et c'est une joie pour ce brave homme de se retrouver avec des compatriotes.
Le lendemain, le gouverneur va à Fakarava rendre au vieil officier sa visite, et tous les deux reprennent leur figure de la veille. Le quatuor, descendu à terre, se dirige vers la résidence. C'est une très simple habitation, occupée par une garnison de douze anciens marins, au mât de laquelle se déploie le pavillon de la France.
Bien que Fakarava soit devenue la capitale de l'archipel, on l'a dit, elle ne vaut point sa rivale Anaa. Le principal village n'est pas aussi pittoresque sous la verdure des arbres, et d'ailleurs, les habitants y sont moins sédentaires. En outre de la fabrication de l'huile de coco, dont le centre est à Fakarava, ils se livrent à la pêche des huîtres perlières. Le commerce de la nacre qu'ils retirent de cette exploitation, les oblige à fréquenter l'île voisine de Toau, spécialement outillée pour cette industrie. Hardis plongeurs, ces indigènes n'hésitent pas à descendre jusqu'à des profondeurs de vingt et trente mètres, habitués qu'ils sont à supporter de telles pressions sans en être incommodés, et à garder leur respiration plus d'une minute.
Quelques-uns de ces pêcheurs ont été autorisés à offrir les produits de leur pêche, nacre ou perles, aux notables de Milliard- City. Certes, ce ne sont point les bijoux qui manquent aux opulentes dames de la ville. Mais, ces productions naturelles à l'état brut, on ne trouve pas à se les procurer facilement, et, l'occasion se présentant, les pêcheurs sont dévalisés à des prix invraisemblables. Du moment que Mrs Tankerdon achète une perle de grande valeur, il est tout indiqué que Mrs Coverley suive son exemple. Par bonheur, il n'y eut pas lieu de surenchérir sur un objet unique, car on ne sait où les surenchères se fussent arrêtées. D'autres familles prennent à coeur d'imiter leurs amis, et, ce jour-là, comme on dit en langage maritime, les Fakaraviens firent «une bonne marée».
Après une dizaine de jours, le 13 octobre, le Joyau du Pacifique appareille dès les premières heures. En quittant la capitale des Pomotou, elle atteint la limite occidentale de l'archipel. De l'invraisemblable encombrement d'îles et d'îlots, de récifs et d'attol, le commodore Simcoë n'a plus à se préoccuper. Il est sorti, sans un accroc, de ces parages de la mer Mauvaise. Au large s'étend cette portion du Pacifique qui, sur un espace de quatre degrés, sépare le groupe des Pomotou du groupe de la Société. C'est en mettant le cap au sud-ouest que Standard-Island, mue par les dix millions de chevaux de ses machines, se dirige vers l'île si poétiquement célébrée par Bougainville, l'enchanteresse Tahiti.
XIII — Relâche à Tahiti
L'archipel de la Société ou de Taïti est compris entre le quinzième (15° 52') degré et le dix-septième (17° 49') degré de latitude méridionale, et entre le cent-cinquantième (150° 8') degré et le cent-cinquante-sixième (156° 30') de longitude à l'ouest du méridien de Paris. Il couvre deux mille deux cents kilomètres superficiels.
Deux groupes le constituent: 1° les îles du Vent, Taïti ou Tahiti- Tahaa, Tapamanoa, Eimeo ou Morea, Tetiaroa, Meetia, qui sont sous le protectorat de la France; 2° les îles Sous-le-Vent, Tubuai, Manu, Huahine, Raiatea-Thao, Bora-Bora, Moffy-Iti, Maupiti, Mapetia, Bellingshausen, Scilly, gouvernées par les souverains indigènes.
Les Anglais les nomment îles Géorgiennes, bien que Cook, leur découvreur, les ait baptisées du nom d'archipel de la Société, en l'honneur de la Société Royale de Londres. Situé à deux cent cinquante lieues marines des Marquises, ce groupe, d'après les divers recensements faits dans ces derniers temps, ne compte que quarante mille habitants étrangers ou indigènes.
En venant du nord-est, Taïti est la première des îles du Vent qui apparaisse aux regards des navigateurs. Et c'est elle que les vigies de l'observatoire signalent d'une grande distance, grâce au mont Maiao ou Diadème qui pointe à mille deux cent trente-neuf mètres au-dessus du niveau de la mer.