Pendant l'après-midi et la soirée, heures délicieuses passées au cottage avec les Coverley. Le quatuor retrouve dans la villa le même accueil qu'à l'hôtel de la Quinzième Avenue. Sympathique réunion, à laquelle l'art se mêle fort agréablement. On fait d'excellente musique, au piano s'entend. Mrs Coverley déchiffre quelques partitions nouvelles. Miss Dy chante en véritable artiste, et Yvernès, qui est doué d'une jolie voix, mêle son ténor au soprano de la jeune fille.

On ne sait trop pourquoi, — peut-être l'a-t-il fait à dessein, — Pinchinat glisse dans la conversation que ses camarades et lui ont aperçu Walter Tankerdon qui se promenait aux environs de la villa. Est-ce très adroit de sa part, et n'eût-il pas mieux valu se taire?… Non, et si le surintendant eût été là, il n'aurait pu qu'approuver Son Altesse. Un léger sourire, presque imperceptible, s'est ébauché sur les lèvres de miss Dy, ses jolis yeux ont brillé d'un vif éclat, et lorsqu'elle s'est remise à chanter, il semble que sa voix est devenue plus pénétrante.

Mrs Coverley la regarde un instant, se contentant de dire, tandis que M. Coverley fronce le sourcil:

«Tu n'es pas fatiguée, mon enfant?…

— Non, ma mère.

— Et vous, monsieur Yvernès?…

— Pas le moins du monde, madame. Avant ma naissance, j'ai dû être enfant de choeur dans une des chapelles du Paradis!» La soirée s'achève, et il est près de minuit, lorsque M. Coverley juge l'heure venue de prendre quelque repos. Le lendemain, enchanté de cette si simple et si cordiale réception, le quatuor redescend le chemin vers Papeeté.

La relâche à Taïti ne doit plus durer qu'une semaine. Suivant son itinéraire réglé d'avance, Standard-Island se remettra en route au sud-ouest. Et, sans doute, rien n'eût signalé cette dernière semaine pendant laquelle les quatre touristes ont complété leurs excursions, si un très heureux incident ne se fût produit à la date du 11 novembre.

La division de l'escadre française du Pacifique vient d'être signalée dans la matinée par le sémaphore de la colline qui s'élève en arrière de Papeeté.

À onze heures, un croiseur de première classe, le Paris, escorté de deux croiseurs de deuxième classe et d'une mouche, mouille sur rade.