Les Malais, arrêtés par cette mort, reculent en emportant le cadavre de leur chef, et la masse des indigènes se rejette vers les grilles du square.
Presque en même temps, des cris retentissent dans le haut de la
Unième Avenue, où la fusillade éclate avec une nouvelle intensité.
Que se passe-t-il donc?… Est-ce que l'avantage est revenu aux défenseurs des ports et des batteries?… Est-ce qu'ils sont accourus vers la ville… Est-ce qu'ils tentent de prendre les indigènes à revers, malgré leur petit nombre?…
«La fusillade redouble du côté de l'observatoire?… dit le colonel Stewart.
— Quelque renfort qui arrive à ces coquins! répond le commodore
Simcoë.
— Je ne le pense pas, observe le roi de Malécarlie, car ces coups de feu ne s'expliqueraient pas…
— Oui!… il y a du nouveau, s'écrie Pinchinat, et du nouveau à notre avantage…
— Regardez… regardez! réplique Calistus Munbar. Voici tous ces gueux qui commencent à décamper…
— Allons, mes amis, dit le roi de Malécarlie, chassons ces misérables de la ville… En avant!…» Officiers, miliciens, marins, tous descendent au rez-de-chaussée et se précipitent par la grande porte… Le square est abandonné de la foule des sauvages qui s'enfuient, les uns le long de la Unième Avenue, les autres à travers les rues avoisinantes.
Quelle est au juste la cause de ce changement si rapide et si inattendu?… Faut-il l'attribuer à la disparition du capitaine Sarol… au défaut de direction qui s'en est suivi?… Est-il inadmissible que les assaillants, si supérieurs en force, aient été découragés à ce point par la mort de leur chef, et au moment où l'hôtel de ville allait être envahi?…