«Monsieur le gouverneur, dit le capitaine d'un ton suppliant, vous nous avez sauvés, et nous ne savons comment vous prouver notre reconnaissance… Et pourtant nous vous demandons encore d'assurer notre retour dans des conditions meilleures…
— Et de quelle manière?… répond Cyrus Bikerstaff.
— À Honolulu, on disait que Standard-Island, après s'être dirigée
vers les parages du sud, devait visiter les Marquises, les
Pomotou, les îles de la Société, puis gagner l'ouest du
Pacifique…
— Cela est vrai, dit le gouverneur, et très probablement elle s'avancera jusqu'aux îles Fidji avant de revenir à la baie Madeleine.
— Les Fidji, reprend le capitaine, c'est un archipel anglais, où nous trouverions aisément à nous faire rapatrier pour les Nouvelles-Hébrides, qui en sont peu éloignées… et si vous vouliez nous garder jusque-là…
— Je ne puis rien vous promettre à cet égard, répondit le gouverneur. Il nous est interdit d'accorder passage à des étrangers. Attendons notre arrivée à Nouka-Hiva. Je consulterai l'administration de Madeleine-bay par le câble, et, si elle consent, nous vous conduirons aux Fidji, d'où votre rapatriement sera en effet plus facile.»
Telle est la raison pour laquelle les Malais sont installés à bord de Standard-Island, lorsqu'elle se montre en vue des Marquises à la date du 29 août.
Cet archipel est situé sur le parcours des alizés. Même gisement pour les archipels des Pomotou et de la Société, auxquels ces vents assurent une température modérée sous un climat salubre.
C'est devant le groupe du nord-ouest que le commodore Simcoë se présente dès les premières heures de la matinée. Il a d'abord connaissance d'un attolon sablonneux que les cartes désignent sous le nom d'Îlot de corail, et contre lequel la mer, poussée par les courants, déferle avec une extrême violence.
Cet attolon laissé sur bâbord, les vigies ne tardent pas à signaler une première île, Fetouou, très accore, ceinte de falaises verticales de quatre cents mètres. Au delà, c'est Hiaou, haute de six cents mètres, d'un aspect aride de ce côté, tandis que de l'autre, fraîche et verdoyante, elle offre deux anses praticables aux petits bâtiments.