À l'ouest, l'Australie occidentale, qui s'étend du nord au sud, capitale Perth.

Il convient d'ajouter que les Australiens cherchent à constituer une confédération sous le nom de «Commonwealth of Australia». Le gouvernement anglais repousse cette qualification, mais, sans doute, elle sera acquise le jour où la séparation sera un fait accompli.

On verra bientôt en quelles provinces, les plus dangereuses et les moins connues de ce continent, Mrs. Branican allait s'aventurer avec cette espérance si vague, cette pensée presque irréalisable, de retrouver le capitaine John, de l'arracher à la tribu qui le retenait prisonnier depuis neuf ans. Et, d'ailleurs, n'y avait-il pas lieu de se demander si les Indas avaient respecté sa vie, après l'évasion de Harry Felton?

Le projet de Mrs. Branican était de quitter Sydney, dès que le départ serait possible. Elle pouvait compter sur le dévouement sans bornes de Zach Fren, sur l'intelligence ferme et pratique qui le caractérisait. Dans un long entretien, ayant la carte de l'Australie sous les yeux, tous deux avaient discuté les mesures les plus promptes, les plus formelles aussi, qui devaient décider le succès de cette nouvelle tentative. Le choix du point de départ, on le comprend, était d'une extrême importance, et voici ce qui fut définitivement arrêté:

1° Une caravane, pourvue des meilleurs moyens de recherches et de défense, nantie de tout le matériel exigé par un voyage à travers les déserts de l'Australie centrale, serait organisée aux frais et par les soins de Mrs. Branican;

2° Cette exploration devant commencer dans un très bref délai, il convenait de se transporter par les voies les plus rapides de terre ou de mer jusqu'au point terminus des communications établies entre le littoral et le centre du continent.

En premier lieu, la question de gagner le littoral nord-ouest, c'est-à-dire l'endroit de la Terre de Tasman où avaient abordé les naufragés du Franklin, fut posée et débattue. Mais ce détour eût occasionné une perte de temps énorme, entraîné de réelles difficultés tant pour le personnel que pour le matériel — qui seraient l'un et l'autre considérables. En somme, rien ne démontrait qu'en attaquant le continent australien par l'ouest, l'expédition rencontrerait avec plus de certitude la tribu qui détenait le capitaine John Branican, les indigènes nomades parcourant la Terre Alexandra aussi bien que les districts de l'Australie occidentale. Il fut donc répondu négativement à cette question.

En second lieu, on traita la direction qu'il convenait de prendre dès le début de la campagne; c'était évidemment celle que Harry Felton avait dû suivre pendant son parcours de l'Australie centrale. Cette direction, si on ne la connaissait pas d'une façon précise, était, du moins, indiquée par le point où le second du Franklin avait été recueilli, c'est-à-dire les bords du Parru, à la limite du Queensland et de la Nouvelle-Galles du Sud, au nord- ouest de cette province.

Depuis 1770 — époque à laquelle le capitaine Cook explora la Nouvelle-Galles du Sud et prit possession, au nom du roi d'Angleterre, du continent déjà reconnu par le Portugais Manuel Godenbho et par les Hollandais Verschoor, Hartog, Carpenter et Tasman — sa partie orientale s'était largement colonisée, développée, civilisée. Ce fut en 1787 que, Pitt étant ministre, le commodore Philipp vint fonder la station pénitentiaire de Botany- Bay, d'où, en moins d'un siècle, allait sortir une nation de près de trois millions d'hommes. Actuellement, rien de ce qui fait la grandeur et la richesse d'un pays, routes, canaux, chemins de fer, reliant les innombrables localités du Queensland, de la Nouvelle- Galles du Sud, de Victoria et de l'Australie méridionale, lignes de paquebots desservant les ports de leur littoral, rien ne manque à cette partie du continent. Or, puisque Mrs. Branican se trouvait à Sydney, cette capitale opulente et peuplée lui aurait offert les ressources indispensables à l'organisation d'une caravane, d'autant mieux qu'avant de quitter San-Diégo, elle s'était fait ouvrir par l'intermédiaire de M. William Andrew un crédit important sur la Central Australian Bank. Donc, elle pouvait aisément se procurer les hommes, les véhicules, les animaux de selle, de trait et de bât que nécessitait une expédition en Australie, peut-être même une traversée complète de l'est à l'ouest, soit un trajet de près de deux mille deux cents milles[8]. Mais la ville de Sydney devait-elle être choisie pour point de départ?

Tout considéré, et sur l'avis même du consul américain, qui était très au courant de l'état présent de la géographie australienne, Adélaïde, capitale de l'Australie méridionale, parut plus particulièrement indiquée comme base d'opérations. En suivant la ligne télégraphique, dont les fils vont de cette cité jusqu'au golfe de Van Diémen, c'est-à-dire du sud au nord, à peu près sur la courbe du cent trente-neuvième méridien, les ingénieurs ont établi la première partie d'un railway, qui dépassait le parallèle atteint par Harry Felton. Ce railway permettrait au personnel d'aboutir plus profondément et plus rapidement à ces régions de la Terre Alexandra et de l'Australie occidentale que peu de voyageurs avaient visitées jusqu'à ce jour.