Ainsi, première résolution prise, cette troisième expédition, ayant pour but la recherche du capitaine John, serait organisée à Adélaïde et se transporterait à l'extrémité du railway, qui décrit en montant au nord un parcours de quatre cents milles environ, soit sept cents kilomètres.

Et maintenant, par quelle voie Mrs. Branican se rendrait-elle de Sydney à Adélaïde? S'il y avait eu une voie ferrée non interrompue entre ces deux capitales, il n'y aurait pas eu lieu d'hésiter. Il existe bien un railway, qui traverse le Murray sur la frontière de la province de Victoria, à la station d'Albury, se continue ensuite par Bénalla et Kilmore jusqu'à Melbourne, et qui, à partir de cette ville, se dirige vers Adélaïde; mais il ne franchissait pas la station de Horscham, et, au delà, les communications mal établies auraient pu causer d'assez longs retards.

Aussi, Mrs. Branican résolut-elle de gagner Adélaïde par mer. C'était un trajet de quatre jours, et, en ajoutant quarante-huit heures pour l'escale que les paquebots font à Melbourne, elle débarquerait dans la capitale de l'Australie méridionale, après une navigation de six jours le long des côtes. Il est vrai, on était au mois d'août, et ce mois correspond au mois de février de l'hémisphère boréal. Mais le temps se tenait au calme, et, les vents soufflant du nord-ouest, le steamer serait couvert par la terre, dès qu'il aurait dépassé le détroit de Bass. D'ailleurs, venue de San-Francisco à Sydney, Mrs. Branican n'en était pas à s'inquiéter d'une traversée de Sydney à Adélaïde.

Précisément, le paquebot Brisbane partait le lendemain, à onze heures du soir. Après avoir fait escale à Melbourne, il arriverait dans le port d'Adélaïde le 27 août, au matin. Deux cabines y furent retenues, et Mrs. Branican prit les mesures nécessaires pour que le crédit, qui lui avait été ouvert à la banque de Sydney, fût reporté à la banque d'Adélaïde. Les directeurs se mirent obligeamment à sa disposition, et ce virement ne souffrit pas la moindre difficulté.

En quittant l'hôpital de la Marine, Mrs. Branican s'était rendue à l'hôtel pour y choisir un appartement qu'elle devait occuper jusqu'à son départ. Ses pensées se résumaient en une seule: «John est vivant!» Les yeux obstinément fixés sur la carte du continent australien, le regard perdu au milieu de ces immenses solitudes du centre et du nord-ouest, en proie au délire de son imagination, elle le cherchait… elle le rencontrait… elle le sauvait…

Ce jour-là, à la suite de leur entretien, Zach Fren, comprenant qu'il valait mieux la laisser seule, était allé par les rues de Sydney qu'il ne connaissait point. Et tout d'abord — ce qui ne peut étonner d'un marin — il voulut visiter le Brisbane, afin de s'assurer que Mrs. Branican y serait convenablement installée. Le navire lui parut aménagé au mieux pour les besoins d'une navigation côtière. Il demanda à voir la cabine réservée à la passagère. Ce fut un jeune novice qui l'y conduisit, et il fit prendre quelques dispositions en vue de rendre cette cabine plus confortable. Brave Zach Fren! On eût dit en vérité qu'il s'agissait d'une traversée de long cours!

Au moment où il se disposait à quitter le bord, le jeune novice le retint, et, d'une voix un peu émue:

«C'est bien certain, maître, demanda-t-il, que mistress Branican s'embarquera demain pour Adélaïde?…

— Oui, demain, répondit Zach Fren.

— Sur le Brisbane?…