— Oui, et peut-être le moyen serait-il efficace? Mais il aurait fallu… l'employer, et il ne l'a pas été, bien qu'une prime de vingt mille livres ait été offerte dans ce but. Aussi le Queensland et la Nouvelle-Galles du Sud viennent-ils d'établir un grillage long de huit cents milles, afin de protéger l'est du continent contre l'invasion des lapins. C'est une véritable calamité.
— Bien!… Oh!… Très bien! Véritable calamité… repartit Jos Meritt, de même que les types de la race jaune, qui finiront par envahir les cinq parties du monde. Les Chinois sont les lapins de l'avenir.»
Heureusement Gîn-Ghi n'était pas là, car il n'eût pas laissé passer sans protestation cette comparaison offensante à l'égard des Célestes. Ou, tout au moins, aurait-il haussé les épaules en riant de ce rire particulier à sa race et qui n'est qu'une longue et bruyante aspiration.
«Ainsi, dit Zach Fren, les Australiens renonceraient à continuer la lutte?…
— Et de quelle façon pourraient-ils s'y prendre?… répondit Tom
Marix.
— Il me semble pourtant, dit Jos Meritt, qu'il y aurait un moyen sûr d'anéantir ces lapins.
— Et lequel? demanda Godfrey.
— Ce serait d'obtenir du Parlement britannique un décret ainsi conçu: «Il ne sera plus porté que des chapeaux de castor dans tout le Royaume-Uni et les colonies qui en dépendent. Or, comme le chapeau de castor n'est jamais fait qu'avec du poil de lapin… Bien!… Oh!… Très bien!»
Et c'est ainsi que Jos Meritt acheva sa phrase par son exclamation habituelle.
Quoi qu'il en soit, et en attendant que ledit décret fût rendu par le Parlement, le mieux était de se nourrir des lapins abattus en route. C'en serait autant de moins pour l'Australie, et on ne se fit pas faute de leur donner la chasse. Quant aux autres animaux, ils n'auraient pu servir à l'alimentation; mais on aperçut quelques mammifères d'une espèce particulière, et des plus intéressantes pour les naturalistes. L'un était un échidné de la famille des monotrèmes, au museau en forme de bec avec des lèvres cornées, au corps hérissé de piquants comme un hérisson, et dont la principale nourriture se compose des insectes qu'il happe avec sa langue filiforme, tendue hors de son terrier. L'autre était un ornithorynque, avec des mandibules de canard, des poils d'un brun roux, couvrant un corps déprimé qui mesure un pied de longueur. Les femelles de ces deux espèces possèdent cette particularité d'être ovovivipares; elles pondent des oeufs, mais les petits qui en sortent, elles les allaitent.