Le voyage se continuait dans ces conditions, à raison de quelques milles par jour. Par malheur, l'état des malades ne s'améliorait pas, faute de remèdes, sinon faute de soins. Tous n'arriveraient pas à ce but auquel tendaient les efforts de Mrs. Branican, à cette rivière Fitz-Roy, où les misères seraient peut-être atténuées dans une certaine mesure!
Et en effet, le 28 mars, puis le lendemain 29, les deux blancs succombèrent aux suites d'un épuisement trop prolongé. C'étaient des hommes originaires d'Adélaïde, l'un ayant à peine vingt-cinq ans, l'autre plus âgé d'une quinzaine d'années, et la mort vint les frapper l'un et l'autre sur cette route du désert australien.
Pauvres gens! c'étaient les premiers qui périssaient à la tâche, et leurs compagnons en furent très péniblement affectés. N'était- ce pas le sort qui les attendait tous, depuis la trahison de Len Burker, maintenant abandonnés au milieu de ces régions où les animaux eux-mêmes ne trouvent pas à vivre?
Et qu'aurait pu répondre Zach Fren, lorsque Tom Marix lui dit:
«Deux hommes morts pour en sauver un, sans compter ceux qui succomberont encore!…»
Mrs. Branican donna libre cours à sa douleur, à laquelle chacun prit part. Elle pria pour ces deux victimes, et leur tombe fut marquée d'une petite croix que les ardeurs du climat allaient bientôt faire tomber en poussière.
La caravane se remit en route.
Des trois chameaux qui restaient, les hommes les plus fatigués durent se servir à tour de rôle, afin de ne pas retarder leurs compagnons, et Mrs. Branican refusa d'affecter une de ces bêtes à son service. Pendant les haltes, ces animaux étaient employés à la recherche des puits, tantôt par Godfrey, tantôt par Tom Marix, car on ne rencontrait pas un seul indigène près duquel il eût été possible de se renseigner. Cela semblait indiquer que les tribus s'étaient reportées vers le nord-est de la Terre de Tasman. Dans ce cas, il faudrait suivre la trace des Indas jusqu'au fond de la vallée de la FitzRoy — circonstance très fâcheuse, puisque ce serait accroître le voyage de plusieurs centaines de milles.
Dès le commencement d'avril, Tom Marix reconnut que la provision de conserves touchait à sa fin. Il y avait donc nécessité de sacrifier un des trois chameaux. Quelques jours de nourriture assurés, cela permettrait sans doute d'atteindre la Fitz-Roy river, dont la caravane ne devait plus être éloignée que d'une quinzaine d'étapes.
Ce sacrifice étant indispensable, il fallut s'y résigner. On choisit la bête qui paraissait le moins en état de faire son service. Elle fut abattue, dépecée, réduite en lanières qui, séchées au soleil, possédaient des qualités assez nutritives, après qu'elles avaient subi une longue cuisson. Quant aux autres portions de l'animal, sans oublier le coeur et le foie, elles furent soigneusement mises en réserve.