Entre temps, Godfrey parvint à tuer plusieurs couples de pigeons - - faible contingent, il est vrai, lorsqu'il s'agissait de pourvoir à l'alimentation de vingt personnes. Tom Marix reconnut aussi que les touffes d'acacias commençaient à reparaître sur la plaine, et il fut possible d'employer comme nourriture leurs graines préalablement grillées sur le feu.

Oui! il était temps d'atteindre la vallée de la Fitz-Roy, d'y trouver les ressources qu'on eût vainement demandées à cette contrée maudite. Un retard de quelques jours, et la plupart de ces pauvres gens n'auraient pas la force d'y arriver.

À la date du 5 avril, il ne restait plus rien des conserves, rien de la viande fournie par le dépeçage des chameaux. Une poignée de graines d'acacias, voilà à quoi Mrs. Branican et ses compagnons étaient réduits.

En effet, Tom Marix hésitait à sacrifier les deux dernières bêtes qui avaient survécu. En songeant au chemin qu'il fallait encore parcourir, il ne pouvait s'y résoudre. Il dut en venir là, pourtant, et dès le soir même, car personne n'avait mangé depuis quinze heures.

Mais au moment de la halte, un des hommes accourut en criant:

«Tom Marix… Tom Marix… les deux chameaux viennent de tomber.

— Essayez de les relever…

— C'est impossible.

— Alors qu'on les tue sans attendre…

— Les tuer?… répondit l'homme. Mais ils vont mourir, s'ils ne sont morts déjà!