— Morts!» s'écria Tom Marix.

Et il ne put retenir un geste de désespoir, car, une fois morts, la chair de ces animaux ne serait plus mangeable. Suivi de Mrs. Branican, de Zach Fren, de Godfrey et de Jos Meritt, Tom Marix se rendit à l'endroit où les deux bêtes venaient de s'abattre. Là, couchées sur le sol, elles s'agitaient convulsivement, l'écume à la bouche, les membres contractés, la poitrine haletante. Elles allaient mourir, et non de mort naturelle.

«Que leur est-il donc arrivé? demanda Dolly. Ce n'est pas la fatigue… ce n'est pas l'épuisement…

— Non, répondit Tom Marix, je crains que ce ne soit l'effet de quelque herbe malfaisante!

— Bien!… Oh!… Très bien! Je sais ce que c'est! répondit Jos
Meritt. J'ai déjà vu cela dans les provinces de l'est… dans le
Queensland! Ces chameaux ont été empoisonnés…

— Empoisonnés?… répéta Dolly.

— Oui, dit Tom Marix, c'est le poison!

— Eh bien, reprit Jos Meritt, puisque nous n'avons plus d'autres ressources, il n'y a plus qu'à prendre exemple sur les cannibales… à moins de mourir de faim!… Que voulez-vous?… Chaque pays a ses usages, et le mieux est de s'y conformer!»

Le gentleman disait ces choses avec un tel accent d'ironie que, les yeux agrandis par le jeûne, plus maigre qu'il ne l'avait jamais été, il faisait peur à voir.

Ainsi donc les deux chameaux venaient de mourir empoisonnés. Et cet empoisonnement — Jos Meritt ne se trompait pas — était dû à une espèce d'ortie vénéneuse, assez rare pourtant dans ces plaines du nord-ouest: c'est la «moroïdes laportea» qui produit une sorte de framboise et dont les feuilles sont garnies de piquants acérés. Rien que leur contact provoque des douleurs très vives et très durables. Quant au fruit, il est mortel, si on ne le combat avec le jus du «colocasia macrorhiza», autre plante qui pousse le plus souvent sur les mêmes terrains que l'ortie vénéneuse.