L'instinct, qui empêche les animaux de toucher aux substances nuisibles, avait été vaincu cette fois, et les pauvres bêtes, n'ayant pu résister au besoin de dévorer ces orties, venaient de succomber dans d'horribles souffrances.
Comment se passèrent les deux jours suivants, ni Mrs. Branican ni aucun de ses compagnons n'en ont gardé le souvenir. Il avait fallu abandonner les deux animaux morts, car, une heure après, ils étaient en état de complète décomposition, tant est rapide l'effet de ce poison végétal. Puis, la caravane, se traînant dans la direction de la Fitz-Roy, cherchait à découvrir les mouvements de terrains qui encadrent la vallée… Pourraient-ils l'atteindre tous?… Non, et quelques-uns demandaient déjà qu'on les tuât sur place, afin de leur épargner une plus effroyable agonie…
Mrs. Branican allait de l'un à l'autre… Elle essayait de les ranimer… Elle les suppliait de faire un dernier effort… Le but n'était plus éloigné… Quelques marches, les dernières… était le salut… Mais qu'aurait-elle pu obtenir là-bas de ces infortunés!
Le 8 avril au soir, personne n'eut la force d'établir le campement. Les malheureux rampaient au pied des spinifex pour en mâcher les feuilles poussiéreuses. Ils ne pouvaient plus parler… ils ne pouvaient plus aller au delà… Tous tombèrent à cette dernière halte.
Mrs. Branican résistait encore. Agenouillé près d'elle, Godfrey l'enveloppait d'un suprême regard… Il l'appelait «mère!… mère!…» comme un enfant qui supplie celle dont il est né de ne pas le laisser mourir…
Et Dolly, debout au milieu de ses compagnons, parcourait l'horizon du regard, en criant:
«John!… John!…»
Comme si c'était du capitaine John qu'un dernier secours eût pu lui venir!
XIII
Chez les Indas