Et il se retourna vers l'homme de barre, qui se tenait debout sur une petite passerelle en avant de la cheminée.

Ayant entendu ce cri, Mrs. Branican regarda du côté du port, où se faisait alors une manoeuvre, qui attirait également l'attention des autres passagers. Aussi la plupart s'étaient-ils portés vers l'avant.

Un grand brick-goélette, qui venait de se dégager des navires rangés le long des quais, appareillait pour sortir de la baie, son avant dirigé vers la pointe Island. Il était aidé par un remorqueur qui devait le conduire en dehors du goulet, et il prenait déjà une certaine vitesse.

Ce brick-goélette se trouvait sur la route de l'embarcation à vapeur, et même assez près, pour qu'il fût urgent de l'éviter en passant à son arrière. C'est ce qui avait motivé le cri du matelot à l'homme de barre.

Un sentiment d'inquiétude saisit les passagers — inquiétude d'autant plus justifiée que le port était encombré de navires, mouillés çà et là sur leurs ancres. Aussi, par un mouvement bien naturel, reculèrent-ils vers l'arrière.

La manoeuvre était tout indiquée: il fallait stopper, afin de faire place au remorqueur et au brick, et ne se remettre en marche que lorsque le passage serait libre. Quelques chaloupes de pêche, lancées dans le vent, rendaient encore le passage plus difficile, tandis qu'elles croisaient devant les quais de San-Diégo.

«Attention! répéta le matelot de l'avant.

— Oui!… oui! répondit l'homme de barre. Il n'y a rien à craindre!… J'ai du large assez!»

Mais, gêné par la brusque apparition d'un grand steamer qui le suivait, le remorqueur fit un mouvement auquel on ne pouvait s'attendre, et revint en grand sur bâbord.

Des cris se firent entendre, auxquels se joignirent ceux de l'équipage du brick-goélette, qui cherchait à aider la manoeuvre du remorqueur en gouvernant dans la même direction.