En ce moment, le second monta sur la dunette et prévint le capitaine que les préparatifs allaient prendre fin. Les matelots, placés sur le gaillard d'avant, n'attendaient plus qu'un ordre pour déhaler le navire.
Le capitaine Ellis offrit alors à Mrs. Branican de la faire remettre à terre, à moins qu'elle ne préférât rester à bord; Dans ce cas, elle pourrait traverser la baie sur le Boundary, et débarquerait, lorsqu'il aurait accosté le wharf. Ce serait l'affaire de deux heures au plus.
Mrs. Branican eût très volontiers accepté l'offre du capitaine. Mais elle était attendue à déjeuner pour midi. Elle comprit que Jane, après ce que lui avait dit la mulâtresse, serait très inquiète de ne pas être de retour chez elle, en même temps que son mari. Elle pria donc le capitaine Ellis de la faire reconduire à l'appontement, afin de ne pas manquer le premier départ de la steam-launch.
Des ordres furent donnés en conséquence. Mrs. Branican et Mrs. Burker prirent congé du capitaine, après que celui-ci eut baisé les bonnes joues du petit Wat. Puis, toutes deux, précédant la nourrice, s'embarquèrent dans le canot du bord, qui les ramena à l'appontement.
En attendant l'arrivée de la steam-launch, qui venait de quitter le quai de San-Diégo, Mrs. Branican regarda avec un vif intérêt les manoeuvres du Boundary. Au rude chant du maître d'équipage, les matelots viraient l'ancre, le trois-mâts gagnait sur sa chaîne, tandis que le second faisait hisser le grand foc, la trinquette et la brigantine. Sous cette voilure, il irait aisément à son poste avec le flot portant.
Bientôt l'embarcation à vapeur eut accosté. Puis elle envoya quelques coups de sifflet pour appeler les passagers, et deux ou trois retardataires pressèrent le pas, en remontant la pointe devant l'hôtel Coronado.
La steam-launch ne devait stationner que cinq minutes. Mrs. Branican, Jane Burker, la nourrice y prirent place et vinrent s'asseoir sur la banquette de tribord, tandis que les autres passagers — une vingtaine environ — allaient et venaient, en se promenant de l'avant à l'arrière du pont. Un dernier coup de sifflet fut lancé, l'hélice se mit en mouvement, et l'embarcation s'éloigna de la côte.
Il n'était que onze heures et demie, et Mrs. Branican serait donc rentrée à temps à la maison de Fleet Street, puisque la traversée de la baie s'accomplissait en un quart d'heure. À mesure que l'embarcation s'éloignait, les regards de Dolly restaient fixés sur le Boundary. L'ancre était à pic, les voiles éventées, et le bâtiment commençait à quitter son mouillage. Quand il serait amarré devant le wharf de San-Diégo, Dolly pourrait rendre visite aussi souvent qu'il lui plairait au capitaine Ellis.
La steam-launch filait avec rapidité. Les maisons de la ville grandissaient sur le pittoresque amphithéâtre dont elles occupent les divers étages. Il n'y avait plus qu'un quart de mille pour atteindre le débarcadère.
«Attention…» cria en ce moment un des marins, posté à l'avant de l'embarcation.