M. William Andrew dut répéter que les recherches faites pour retrouver Len Burker n'avaient donné aucun résultat. Len Burker s'était-il réfugié sur quelque lointain territoire des États-Unis, ou n'avait-il pas plutôt quitté l'Amérique? Il avait été impossible de le savoir.

«Cependant, s'il n'y a que quelques semaines que Jane et lui ont disparu de San-Diégo, fit observer Mrs. Branican, peut-être apprendra-t-on…

— Oui… quelques semaines!» se hâta de répondre M. William
Andrew.

Mais, en ce moment, Mrs. Branican ne songeait qu'à ceci: c'est que, grâce à l'héritage d'Edward Starter, John n'aurait plus besoin de naviguer… C'est qu'il ne la quitterait plus. C'est que ce voyage à bord du Franklin, pour le compte de la maison Andrew, serait le dernier qu'il aurait fait…

Et n'était-ce pas le dernier, puisque le capitaine John n'en devait jamais revenir!

«Cher monsieur Andrew, s'écria Dolly, une fois de retour, John ne reprendra plus la mer!… Ses goûts de marin, il me les sacrifiera!… Nous vivrons ensemble… toujours ensemble!… Rien ne nous séparera plus!»

À l'idée que ce bonheur serait brisé d'un mot — un mot qu'il faudrait bientôt prononcer — M. William Andrew ne se sentait plus maître de lui. Il se hâta de mettre fin à cet entretien; mais, avant de s'éloigner, il obtint de Mrs. Branican la promesse qu'elle ne commettrait aucune imprudence, qu'elle ne se hasarderait pas à sortir, qu'elle ne reviendrait pas à sa vie d'autrefois, tant que le docteur ne l'aurait pas permis. De son côté, il dut répéter que s'il recevait directement ou indirectement quelques informations sur le Franklin, il s'empresserait de les communiquer à Prospect-House.

Lorsque M. William Andrew eut rapporté cette conversation au docteur Brumley, celui-ci ne cacha point sa crainte qu'une indiscrétion ne fît connaître la vérité à Mrs. Branican. Que sa folie avait duré quatre ans, que, depuis quatre ans, on ne savait ce qu'était devenu le Franklin, qu'elle ne reverrait jamais John. Oui! mieux valait que ce fût par M. William Andrew ou par lui-même, et en prenant tous les ménagements possibles, que Dolly fût informée de la situation.

Il fut donc décidé que dans une huitaine de jours, lorsqu'il n'y aurait plus un motif plausible pour interdire à Mrs. Branican de quitter le chalet, elle serait instruite de tout.

«Et que Dieu lui donne la force de résister à cette épreuve!» dit
M. William Andrew.