Pendant la dernière semaine de juin, l'existence de Mrs. Branican continua d'être à Prospect-House ce qu'elle avait toujours été. Grâce aux soins dont on l'entourait, elle recouvrait la force physique en même temps que l'énergie morale. Aussi M. William Andrew se sentait-il de plus en plus embarrassé, lorsque Dolly le pressait de questions auxquelles il lui était interdit de répondre.

Dans l'après-midi du 23, il vint la voir, afin de mettre à sa disposition une importante somme d'argent et de lui rendre compte de sa fortune, qui était déposée en valeurs mobilières à la Consolidated National Bank de San-Diégo.

Ce jour-là, Mrs. Branican se montra très indifférente au sujet de ce que lui disait M. William Andrew. Elle l'écoutait à peine. Elle ne parlait que de John, elle ne pensait qu'à lui. Quoi! pas encore de lettre!… Cela l'inquiétait au dernier point!… Comment se faisait-il que la maison Andrew n'eût pas reçu même de dépêche mentionnant l'arrivée du Franklin aux Indes?

L'armateur essaya de calmer Dolly en lui disant qu'il venait d'envoyer des télégrammes à Calcutta, que, d'un jour à l'autre, il aurait une réponse. Bref, s'il réussit à détourner ses idées, elle le troubla singulièrement, lorsqu'elle lui demanda:

«Monsieur Andrew, il y a un homme dont je ne vous ai point parlé jusqu'ici… C'est celui qui m'a sauvée et qui n'a pu sauver mon pauvre enfant… C'est ce marin…

— Ce marin?… répondit M. William Andrew non sans une visible hésitation.

— Oui… cet homme courageux… à qui je dois la vie… A-t-il été récompensé?…

— Il l'a été, Dolly.»

Et, en réalité, c'est ce qui avait été fait.

«Se trouve-t-il à San-Diégo, monsieur Andrew?…