M. William Andrew et elle se rendirent alors dans le carré du Dolly-Hope, où le capitaine Ellis leur fit le récit détaillé de son expédition. Les cartes de la Polynésie et de la Malaisie, déployées sur la table, permettaient de suivre la route du steamer, ses relâches sur les nombreux points explorés, les renseignements recueillis dans les principaux ports et les villages indigènes, les recherches exécutées au milieu des îlots et des îles avec une minutieuse patience et un zèle infatigable.

Puis, en terminant:

«Permettez-moi, mistress Branican, dit le capitaine Ellis, d'appeler plus particulièrement votre attention sur ceci: le Franklin a été aperçu pour la dernière fois à la pointe sud de Célèbes, le 3 mai 1875, environ sept semaines après son départ de San-Diégo, et, depuis ce jour, il n'a été rencontré nulle part. Donc, puisqu'il n'est pas arrivé à Singapore, il est hors de doute que la catastrophe s'est produite dans la mer de Java. Comment? Il n'y a que deux suppositions. La première, c'est que le Franklin a sombré sous voiles ou qu'il a péri dans une collision, sans qu'il en soit resté aucune trace. La seconde, c'est qu'il s'est brisé sur des écueils ou qu'il a été détruit par les pirates malais, et, dans ces deux cas, il eût été possible d'en retrouver quelques débris. Or, malgré nos recherches, nous n'avons pu relever la preuve matérielle de la destruction du Franklin

La conclusion qui ressortait de cette argumentation, c'est qu'il était plus logique de se ranger à l'un des cas de la première hypothèse — celui qui attribuait la perte du Franklin au déchaînement de ces tornades si fréquentes dans les parages malaisiens. En effet, pour le second cas, celui d'une collision, comme il est assez rare que l'un des deux navires abordés ne continue pas à tenir la mer, le secret de cette rencontre aurait été connu tôt ou tard. Il n'y avait donc plus aucun espoir à garder.

C'est là ce qu'avait compris M. William Andrew, et il baissait tristement la tête devant le regard de Mrs. Branican, qui ne cessait de l'interroger.

«Eh bien, non! dit-elle, non!… Le Franklin n'a pas sombré!…
Non!… John et son équipage n'ont point péri!…»

Et, l'entretien continuant sur l'instance de Dolly, il fallut que le capitaine Ellis lui rapportât les détails les plus circonstanciés. Elle y revenait sans cesse, questionnant, discutant, ne cédant rien.

Cette conversation se prolongea pendant trois heures, et lorsque Mrs. Branican se disposa à prendre congé du capitaine Ellis, celui-ci lui demanda s'il entrait dans ses intentions que le Dolly-Hope fût désarmé.

«Nullement, capitaine, répondit-elle, et je verrais avec regret que votre équipage et vous eussiez l'intention de débarquer. Peut- on affirmer que de nouveaux indices ne nous amèneront pas à entreprendre une nouvelle campagne? Si donc vous consentiez à garder le commandement du Dolly-Hope

— Ce serait très volontiers, répondit le capitaine Ellis, mais j'appartiens à la maison Andrew, mistress Branican, et elle peut avoir besoin de mes services…