On disait que le Californian avait recueilli une épave, qui, vraisemblablement, provenait du Franklin… Un journal de San- Francisco ajoutait que le Californian avait rencontré cette épave au nord de l'Australie, dans les parages compris entre la mer de Timor et la mer d'Arafoura, au large de l'île Melville, à l'ouest du détroit de Torrès.

Dès que cette nouvelle fut arrivée à San-Diégo, M. William Andrew et le capitaine Ellis, qui en avaient été informés par dépêche, accoururent à Prospect-House.

Au premier mot qui lui fut dit à ce sujet, Mrs. Branican devint très pâle. Mais, de ce ton qui dénotait chez elle une conviction absolue:

«Après l'épave, on retrouvera le Franklin, dit-elle, et après le Franklin, on retrouvera John et ses compagnons?»

En réalité, la rencontre de cette épave était un fait qui avait son importance.

C'était la première fois, en somme, qu'un débris du navire perdu venait d'être recueilli. Pour aller chercher le théâtre de la catastrophe, Mrs. Branican possédait maintenant un anneau de cette chaîne qui reliait le présent au passé.

Immédiatement, elle fit apporter une carte de l'Océanie. Puis, M. William Andrew et le capitaine Ellis durent étudier la question d'une nouvelle campagne à entreprendre, car elle voulait que cette résolution fût prise séance tenante.

«Ainsi le Franklin n'aurait pas fait route sur Singapore en traversant les Philippines et la Malaisie, fit tout d'abord observer M. William Andrew.

— Mais cela est improbable… cela est impossible! répondit le capitaine Ellis.

— Cependant, reprit l'armateur, s'il avait suivi cet itinéraire, comment cette épave aurait-elle pu être retrouvée dans la mer d'Arafoura, au nord de l'île Melville?