Cette affaire fut très rapidement conduite, grâce au concours que la municipalité prêta à Mrs. Branican. Du reste, il n'y eut pas lieu de bâtir. On fit l'acquisition d'un vaste édifice, situé en bon air, sur les pentes de San-Diégo, du côté de Old-Town. Un habile architecte appropria cet édifice à sa nouvelle destination, et sut l'aménager de manière à pouvoir loger une cinquantaine d'enfants avec un personnel suffisant pour les élever, soigner et instruire. Entouré d'un vaste jardin, couvert de beaux ombrages, arrosé d'eaux courantes, il offrait, en ce qui se rapporte aux questions d'hygiène, les systèmes réclamés par l'expérience.
Le 19 mai, cet hospice — qui reçut le nom de Wat-House — fut inauguré aux applaudissements de la ville entière, qui voulut, à cette occasion, prodiguer à Mrs. Branican les plus éclatants témoignages de sympathie. La charitable femme ne parut point à la cérémonie cependant, elle n'avait pas voulu quitter son chalet. Mais, dès qu'un certain nombre d'enfants eurent été recueillis à Wat-House, elle vint, chaque jour, les visiter comme si elle eût été leur mère. Ces enfants pouvaient rester jusqu'à douze ans dans l'hospice. Dès que leur âge le permettait, on leur enseignait à lire, à écrire, on s'occupait de leur donner une éducation morale et religieuse, en même temps que de leur apprendre un métier suivant leurs aptitudes. Quelques-uns, appartenant à des familles de marins, qui montraient du goût pour la mer, étaient destinés à s'embarquer comme mousses ou novices. Et, en vérité, il semblait que Dolly ressentît pour ceux-là une affection plus particulière - - sans doute en souvenir du capitaine John.
À la fin de 1881, aucune nouvelle relative au Franklin n'était parvenue à San-Diégo ni ailleurs. Bien que des primes considérables eussent été offertes à quiconque en eût retrouvé le plus léger indice, il n'avait pas été possible de lancer le Dolly-Hope dans une seconde campagne. Et pourtant, Mrs. Branican ne désespérait pas. Ce que 1881 ne lui avait pas donné, peut-être 1882 le lui donnerait-il?…
Pour ce qui concerne M. et Mrs. Burker, qu'étaient-ils devenus? En quel endroit s'était réfugié Len Burker afin d'échapper aux poursuites ordonnées contre lui? La police fédérale ayant fini par abandonner toute enquête à ce sujet, Mrs. Branican avait dû renoncer à savoir ce que Jane était devenue.
Et, cependant, c'était là une cause de sincère affliction pour elle, si vivement préoccupée de la situation de son infortunée parente. Elle s'étonnait de n'avoir jamais reçu aucune lettre de Jane — lettre que celle-ci aurait pu lui écrire, sans compromettre la sécurité de son mari. Ignoraient-ils donc tous les deux que Dolly, rendue à la raison, avait envoyé un navire à la recherche du Franklin, et que cette expédition n'avait donné aucun résultat? C'était inadmissible. Est-ce que les journaux des deux mondes n'avaient-ils pas suivi les diverses phases de cette entreprise, et pouvait-on imaginer que Len et Jane Burker n'en eussent pas eu connaissance? Ils devaient même avoir appris que Mrs. Branican avait été enrichie par la mort de son oncle Edward Starter, et qu'elle était en situation de leur venir en aide! Et pourtant, ni l'un ni l'autre n'avaient essayé d'entrer en correspondance avec elle, bien que leur position fût probablement très précaire.
Janvier, février, mars, étaient déjà passés, et l'on pouvait croire que l'année 1882 n'apporterait aucune modification à cet état de choses, lorsqu'un fait se produisit, qui parut de nature à jeter quelque lumière sur la catastrophe du Franklin.
Le 27 mars, le steamer Californian, sur lequel était embarqué le matelot Zach Fren, vint mouiller dans la baie de San-Francisco, après une campagne de plusieurs années à travers les diverses mers d'Europe.
Aussitôt que Mrs. Branican eut appris le retour de ce navire, elle écrivit à Zach Fren, qui était alors maître d'équipage à bord du Californian, en l'invitant à partir immédiatement pour se rendre auprès d'elle à San-Diégo.
Comme Zach Fren avait précisément l'intention de revenir dans sa ville natale afin d'y prendre quelques mois de repos, il répondit que, dès qu'il pourrait débarquer, il se rendrait à San-Diégo, où sa première visite serait pour Prospect-House. C'était l'affaire de quelques jours.
Mais, en même temps, se répandit une nouvelle, dont le retentissement serait immense dans les États de la Confédération, si elle se confirmait.