— Voulez-vous dire ce que vous êtes venu faire dans les eaux du
Saint-John?
— Un homme s'est présenté à bord de la canonnière dont je suis le second. Il m'a appris que la plantation de mon père venait d'être dévastée par une troupe de malfaiteurs, que Castle-House avait été assiégée par des bandits. Je n'ai pas à dire au président du Comité qui me juge, à qui incombe la responsabilité de ces crimes.
— Et moi, répondit Texar, j'ai à dire à Gilbert Burbank que son père avait bravé l'opinion publique en affranchissant ses esclaves, qu'un arrêté ordonnait la dispersion des nouveaux affranchis, que cet arrêté devait être mis à exécution…
— Avec incendie et pillage, répliqua Gilbert, avec un rapt dont
Texar est personnellement l'auteur!
— Quand je serai devant des juges, je répondrai, répliqua froidement l'Espagnol. Gilbert Burbank, n'essayez pas d'intervertir les rôles. Vous êtes un accusé, non un accusateur!
— Oui… un accusé… en ce moment, du moins», répondit le jeune officier. Mais les canonnières fédérales n'ont plus que la barre du Saint-John à franchir pour s'emparer de Jacksonville, et alors…»
Des cris éclatèrent aussitôt, des menaces contre le jeune officier, qui osait braver les sudistes en face.
«À mort!… À mort!» cria-t-on de toutes parts.
L'Espagnol ne parvint pas sans peine à calmer cette colère de la foule. Puis reprenant l'interrogatoire:
«Nous direz-vous, Gilbert Burbank, pourquoi, la nuit dernière, vous avez quitté votre bord?