Enfin le tronc atteignit le milieu du canal, dont le courant portait obliquement vers la forêt. Avant un quart d'heure, s'il ne s'embarrassait pas dans les plantes aquatiques, il devait avoir accosté l'autre berge. Et alors, si grands que les dangers fussent encore, Zermah se croirait hors des atteintes de Texar.
Soudain, elle serra plus étroitement l'enfant dans ses bras.
Des aboiements furieux éclataient sur l'île. Presque aussitôt, un chien apparut le long de la rive qu'il descendait en bondissant.
Zermah reconnut le limier, laissé à la surveillance du wigwam, que l'Espagnol n'avait point emmené avec lui.
Là, le poil hérissé, l'oeil en feu, il était prêt à s'élancer, au milieu des reptiles qui s'agitaient à la surface des eaux.
Au même moment, un homme parut sur la berge.
C'était celui des frères Texar resté sur l'île. Prévenu par les aboiements du chien, il venait d'accourir.
Ce que fut sa colère quand il aperçut Dy et Zermah sur cet arbre en dérive, il serait difficile de l'imaginer. Il ne pouvait se mettre à leur poursuite, puisque la barge se trouvait de l'autre côté du canal. Pour les arrêter, il n'y avait qu'un moyen: tuer Zermah, au risque de tuer l'enfant avec elle!
Texar, armé de son fusil, l'épaula, et visa la métisse qui cherchait à couvrir la petite fille de son corps.
Tout à coup, le chien, en proie à une excitation folle, se précipita dans le canal. Texar pensa qu'il fallait d'abord le laisser faire.