Le lendemain, le Soleil parut sur l’horizon comme il avait l’habitude de le faire.
Les délégués européens étaient alors réunis sur la terrasse de leur hôtel. Ils avaient à leur disposition des instruments d’une extrême précision qui leur permettaient de constater si le Soleil décrivait rigoureusement sa courbe dans le plan de l’Équateur.
Or, quelques minutes après son lever, le disque radieux inclinait déjà vers l’hémisphère austral.
Rien n’était donc changé à sa marche apparente.
Le major Donellan et ses collègues saluèrent le flambeau céleste par des hurrahs enthousiastes et lui firent « une entrée », comme on dit au théâtre. Le ciel était superbe alors, l’horizon nettement dégagé des vapeurs de la nuit, et jamais le grand acteur ne se présenta sur une plus belle scène, dans de telles conditions de splendeur, devant un public émerveillé!
« Et à la place même marquée par les lois de l’astronomie!… s’écria Éric Baldenak.
— De notre ancienne astronomie, fit observer Boris Karkof, et que ces insensés prétendaient anéantir!
— Ils en seront pour leurs frais et leur honte! ajouta Jacques Jansen, par la bouche duquel la Hollande semblait parler tout entière.
— Et le domaine arctique restera éternellement sous les glaces qui le recouvrent! riposta le professeur Jan Harald.
— Hurrah pour le Soleil! s’écria le major Donellan. Tel il est, tel il suffit au besoin du Monde!