— Hélas! monsieur Sylvius, répondit Hulda, mon pauvre Ole s'est perdu avec le _Viken!… _Je ne le reverrai plus!

— Ma soeur!… Ma soeur!… s'écria Joël. Je t'en prie, calme-toi, laisse parler monsieur Sylvius…

— Et gardons notre sang-froid, mes enfants! Voyons! C'était du 15 au 20 mai que Ole devait revenir à Bergen?

— Oui, dit Joël, du 15 au 20 mai, comme le marque sa lettre, et nous sommes au 9 juin.

— Cela fait donc un retard de vingt jours sur la date extrême indiquée pour le retour du _Viken. _C'est quelque chose, j'en conviens! Cependant, il ne faut pas demander à un navire à voiles ce que l'on pourrait attendre d'un navire à vapeur.

— C'est ce que j'ai toujours répété à Hulda, c'est ce que je lui répète encore, dit Joël.

— Et vous faites bien, mon garçon, reprit Sylvius Hog. En outre, il est possible que le _Viken _soit un vieux bâtiment, marchant mal comme la plupart des navires de Terre-Neuve, surtout quand ils sont lourdement chargés. D'autre part, il y a eu de grands mauvais temps depuis quelques semaines. Peut-être Ole n'a-t-il pu prendre la mer à l'époque que sa lettre indique. Dans ce cas, il suffit qu'il ait tardé de huit jours pour que le _Viken _ne soit pas encore arrivé et que vous n'ayez pu recevoir une nouvelle lettre de lui. Tout ce que je vous dis là, croyez-le, est le résultat de sérieuses réflexions. De plus, savez-vous si les instructions données au _Viken _ne lui laissaient pas une certaine latitude pour porter sa cargaison en quelque autre port, suivant les demandes du marché?

— Ole l'aurait écrit! répondit Hulda, qui ne pouvait se rattacher même à cet espoir.

— Qui prouve qu'il n'a pas écrit? reprit le professeur. Et, s'il l'a fait, ce ne serait plus le _Viken _qui aurait du retard, ce serait le courrier d'Amérique. Supposez que le navire de Ole ait dû aller en quelque port des États-Unis, cela expliquerait comment aucune de ses lettres n'est encore arrivée en Europe!

— Aux États-Unis… monsieur Sylvius?