Là, je retrouve de nombreux tableaux ; mais je suis émerveillé surtout par la vue du musée de la marine, qui figure tout ce que la navigation a pu tenter depuis les temps les plus lointains. Je finis par me trouver, subitement, dans mon pays. Car il y a un musée chinois, dans cet étonnant Musée du Louvre. Et, tout à coup, je me demande si j’ai pu, jamais, quitter le sol natal et je regarde avec émotion tous ces objets, qui semblent me dire : « Compatriote de l’Empire du Milieu ! nous te saluons sur la terre française ! »

Je sors, enfin, du musée. J’en emporte un violent mal de tête ; mais ça m’est égal, car j’y ai appris beaucoup de choses. J’ai vu là, toute une population de dieux, adorés autrefois, et dont tout le monde rit aujourd’hui. J’ai passé, promeneur indifférent, devant les monarques jadis tout puissants et dont le dix-neuvième siècle ignore jusqu’au nom. J’ai vu se dérouler devant mes yeux l’histoire de grands peuples, qui dominèrent un jour la plus grande partie de la terre et qui, depuis, ont été effacés du sol.

Et je me dis que les dieux et les puissants du jour ne sont pas plus immortels que ceux de jadis. Je comprends, surtout, combien sont folles de s’entre-dévorer, des nations toutes également destinées à disparaître par la guerre, et qui, pour échapper à la ruine, n’ont qu’une seule ressource : S’entendre entre elles ; organiser la paix au lieu de préparer la guerre et faire régner la tranquillité et le bonheur sur toute la surface du globe réconcilié.

EN BALLON

Une vieille légende chinoise raconte que, sous la dynastie des Tcheou, une troupe de brigands désolait le pays. Les bandits restèrent longtemps insaisissables. Ils avaient, en effet, inventé une machine qui leur permettait de s’élever dans les airs et de se soustraire ainsi à la poursuite des autorités.

Les contes dus à l’imagination d’autres peuples nous rapportent des faits analogues. Et la mythologie grecque, de son côté, avec l’histoire de l’ascension de Dédale et de la chute d’Icare, retrace le même ordre d’idées.

Ces exemples différents nous prouvent combien l’homme, attaché à la terre, a toujours envié à l’oiseau le domaine des airs où il plane. Quelle que soit la valeur historique des légendes que je viens de rappeler, elles attestent toutes les efforts faits par nos aïeux de toutes races et de tous pays, pour se détacher du sol et s’élancer, comme l’hirondelle, dans l’atmosphère.

Rêve tentant, qui après avoir bercé l’humanité pendant de longs siècles, a été enfin réalisé en France, il y a une centaine d’années, par la découverte des frères Montgolfier.

J’avais déjà entendu parler, dans mon pays, de cette invention, une des plus merveilleuses qu’ait pu concevoir le génie humain, et dont les résultats sont incalculables, mais maintenant j’allais voir la machine à l’œuvre, y prendre place et franchir avec elle les immenses plaines de l’espace.

Au milieu d’une grande place sablée, le ballon balance, déjà gonflé, sa sphère puissante qui, tout à l’heure, vue d’en bas, semblera, suivant l’expression de Victor Hugo, « un ventre d’oiseau terrible. »