L’appareil à fournir l’hydrogène envoie ses dernières bouffées à l’intérieur de l’aérostat. Nous prenons place dans la nacelle.
« Lâchez tout ! »
Tout à coup la terre se met à fuir, avec une rapidité vertigineuse. Car il me paraît bien que nous restons immobiles et, qu’au-dessous de nous, c’est le sol qui s’en va, avec la ville, ses maisons, ses jardins, ses clochers, ses coupoles, emportés par une force invisible.
Le ciel était sombre et orageux. Le capitaine, néanmoins, avait voulu partir, nous assurant que nous ne courions aucun danger, et qu’une fois la région des nuages franchie, nous assisterions à un spectacle incomparable.
On jette du lest : à mesure que les sacs éparpillent leur sable, nous montons plus haut, plus haut toujours. La terre rapetisse à vue d’œil tous les détails, pendant que grandit le tableau embrassé par nos yeux.
Nous entrons, maintenant, dans un brouillard épais ; l’humidité nous pénètre, une atmosphère d’électricité nous enveloppe et nous fait vibrer d’une sensation bizarre, que ne saurait se figurer celui qui ne l’a point éprouvée.
Le lest tombe de nouveau et bientôt, dans notre ascension rapide, nous nous élevons bien au-delà de la région nébuleuse.
Maintenant, le soleil brille et nous échauffe. Le ciel pur et bleu sur nos têtes ; sous nos pieds, les nuages forment un voile épais.
Et la terre a disparu.
Nous flottons dans l’espace, comme un astre infiniment petit ; le brouillard, qui nous dissimule la vue de notre sol, nous isole si bien du reste du monde, que je me sens envahi par un sentiment jusqu’à ce jour inconnu : le sentiment de la solitude absolue ; de l’isolement de quelques êtres humains dans l’infini des régions interstellaires.