Nous montons encore et, à l’extrémité de la grande plaine nuageuse, voici quelque chose qui apparaît : c’est une petite tache verdâtre, qui s’allonge au loin. C’est la terre, que nous revoyons et que, pour ma part, je salue avec la joie des compagnons de Christophe Colomb, lorsqu’après la longue traversée de l’Atlantique, le rivage désiré de la première île américaine se montra enfin !
Au-dessous ne nous, cependant, la masse sombre des nuées s’est illuminée soudain. Un éclair jaillit ; un autre ; un autre encore. C’est la bataille des éléments en fureur, qu’accompagnent comme une canonnade d’une violence inouïe, les roulements prolongés du tonnerre.
Et pendant que la pluie et la grêle inondent la terre ; pendant que la foudre s’abat sur les monuments ou fracasse les arbres, nous assistons, comme des spectateurs logés aux avant-scènes du ciel bleu, à la tragédie que, pour nous seuls, représente la nature.
Le capitaine avait raison : ce spectacle est unique dans son genre et, à lui seul, vaut tous les plaisirs de l’ascension.
Le vent, cependant, nous emporte rapidement vers l’ouest. Bientôt, nous avons franchi l’espace que les nuages recouvrent. Voici, de nouveau, la terre au-dessous de nous.
Paris est bien loin : c’est la petite tache, qu’on entrevoit encore là-bas, bien loin, à l’est, vers la limite de l’horizon. Les villes, les champs, les bois, les fleuves, les chemins de fer courent, comme pour échapper à un ennemi qui les poursuit.
Le vent, devenu plus fort, nous chasse vers l’occident, avec une vitesse que l’oiseau le plus léger ne saurait égaler.
Nous ouvrons la soupape : le gaz s’échappe à torrents et le ballon descend, pour chercher une région moins balayée par les courants d’air.
Maintenant, une vaste plaine s’étend devant nous. Les villages s’agitent : avec nos longues vues, nous pouvons apercevoir les habitants qui sortent des maisons pour regarder notre bateau volant.
L’endroit est favorable à la descente. La soupape vide de plus en plus l’aérostat de l’air léger qui le faisait monter. La terre se rapproche : tout grandit à vue d’œil, comme ces arbres, qui, dans certaines féeries, sortent du sol et achèvent leur croissance en quelques instants.