Ainsi fait l’homme, dans tous les actes de son existence, dans toutes les sphères de la vie. Il commence par aspirer à l’infini, par chercher à s’élever au-dessus de ses semblables, au-dessus de lui-même.
Puis, parvenu à ce qu’il croyait devoir être le terme de ses désirs, il s’aperçoit que la supériorité tant rêvée est bien vide : il sonde avec effroi l’immensité de son néant et renonçant à l’idéal, il redescend tristement vers la terre qui l’a engendré et à laquelle il apparient.
Mais toutes ces désillusions sont individuelles. La masse n’en poursuit pas moins sa marche en avant et, malgré les défaillances partielles, monte toujours plus haut, vers la perfection qui est le but de l’humanité.
Attention. On jette l’ancre, qui s’accroche aux branches d’un ormeau. Voilà notre ballon captif.
Quelques minutes encore, et nous prenons terre, au milieu d’une foule de paysans, accourus des champs voisins, pour voir le monstre qui, dégonflé et emballé, prendra le train avec nous, à la gare voisine, afin de regagner la capitale.
Et je me figure l’étonnement de mes compatriotes de l’intérieur de la Chine, si tout à coup une immense machine de ce genre venait s’abattre dans leurs rizières.
C’est, du reste, ce qu’ils verront bientôt. Le temps n’est pas éloigné, où l’homme dirigera à volonté le navire aérien, qui, jusqu’ici, flotte encore, à la discrétion du vent.
Alors, une ère nouvelle aura commencé pour la terre.
Les peuples, en face de cet instrument merveilleux qui supprime les frontières et se rit des douaniers, se sentiront fraternellement unis. Dans cet avenir heureux, que la science aura créé, le globe tout enlier ne contiendra plus qu’une seule famille, et, de l’orient à l’occident, célébrera la grande fête de l’humanité réconciliée.