Au milieu d’une grande place, qu’enveloppe une grille de fer aux portes nombreuses, se dresse une espèce de temple élevé, comme les anciens Grecs avaient l’habitude d’en consacrer à leurs divinités.
Un large escalier conduit au monument. Nous montons.
L’édifice proprement dit est entouré d’une large colonnade, où la foule se presse déjà. Foule singulièrement affairée, en proie à une excitation fébrile, se démenant avec une activité intense.
Des colonnades et de l’intérieur du temple, une rumeur confuse s’élance vers le ciel. Des appellations bizarres, des cris, des vociférations, mêlent leurs bruits et étourdissent l’oreille du visiteur qui n’a pas l’habitude de ce milieu tout particulier.
C’est la Bourse. C’est ici que l’on vend et que l’on achète les objets les plus divers, transformés pour la commodité des transactions, en papier de tous noms et de toutes couleurs.
A l’intérieur du palais se voit une espèce de cercle, dans lequel ne pénètre pas qui veut. C’est la corbeille, emplacement réservé aux agents de change, par les mains desquels la loi veut que toute vente passe, pour devenir définitive.
Ils sont là, à leur poste ; la bataille est déjà engagée et si emportés sont leurs mouvements, si singuliers les mots qu’ils se jettent à la figure et dont je ne parviens pas à saisir le sens, que je m’attends, à chaque instant, à les voir en venir aux mains.
Mais il n’en est rien. C’est à grands cris et à coups de crayons hâtivement donnés sur un carnet, que ces lutteurs tentent, non pas la fortune des combats, mais les combats de la fortune.
Cela dure quelques heures. Puis, tout ce qui est à vendre est vendu, ou à peu près. Les acheteurs ont pris ce qu’ils voulaient prendre. Les hommes au carnet abandonnent l’enceinte sacrée, où il n’y a plus rien à faire et, le combat fini faute de combattants, rentrent chez eux pour terminer les opérations engagées et les inscrire sur leurs livres.
Au dehors, sous les colonnades, le mouvement est loin d’être achevé. La bataille continue furieusement, pendant quelque temps encore, dans la coulisse, sans doute ainsi nommée parce que les coulissiers ne sont pas admis à la corbeille, qui est le véritable théâtre, et sont réduits à guerroyer sous les colonnades extérieures.