L’aube, cependant, venait doucement et commençait à éclairer d’une lueur vague le paysage, qui s’enfuyait, à peine entrevu. Le voyageur, dans cette course rapide, perd les charmantes visions que lui fournissaient les moyens de transport plus lents des temps passés.
En revanche, il est plus facile maintenant, grâce au « coche humanitaire », de se rendre compte de l’aspect général d’un pays, se déroulant sous vos yeux en quelques heures, avec ses montagnes et ses rivières, ses plaines cultivées et ses villes populeuses.
Dans un avenir prochain, la machine qui semble vouloir annihiler les distances, nous permettra aussi, dans notre Orient lointain, de prendre ainsi des vues instantanées de notre pays. Nous verrons alors défiler devant nous la Chine, avec ses villages bas et ses pagodes élevées, ses fleuves gigantesques, ses terres coupées de mille canaux et ses habitants innombrables, les centaines de millions d’hommes que le trait d’union du chemin de fer mettra en rapport de chaque jour avec leurs frères de la terre d’Europe, jadis inconnue.
LES GRANDS MAGASINS
A mon arrivée en Europe, j’avais été frappé de voir que le commerce et l’industrie y étaient organisés tout autrement qu’en Chine.
Mines, usines, forges, chantiers, chemins de fer, filatures, tissages, fabriques de toutes sortes : tout cela est gigantesque en Europe. Une usine est une ville, qu’anime tout un peuple d’ouvriers.
Jamais je n’avais rien vu de tel, dans notre vieille Chine, où la grande industrie n’existe pas. Chez nous, pas de ces énormes constructions où des milliers d’hommes se démènent, ou plutôt, sont menés, avec la régularité automatique d’une machine aux bras innombrables ; pas beaucoup de mécanique non plus, et par suite, pas de division du travail, ni d’uniformité dans les objets à fabriquer.
Notre industrie, pratiquée en tout petit, par chaque famille, est privée des puissantes ressources de la science européenne. En revanche, elle est plus libre dans ses mouvements, et ses produits, jamais identiques, ont un caractère bien net d’inspiration individuelle.
De même, notre commerce se fait encore en petit, à la vieille manière. Chacun vend sa spécialité, l’article qu’il connaît le mieux.
Jugez quelle fut ma surprise, lorsqu’on me parla de ces grands magasins de Paris, où l’on peut, en quelques instants, se fournir non seulement de tous les objets nécessaires pour se vêtir des pieds à la tête, mais encore de l’ameublement complet et de tous les ustensiles indispensables à la commodité et au luxe de l’intérieur domestique.