« Est-ce qu’on paye à la sortie ? fis-je, étonné.
— C’est à cause du ballon que vous m’adressez cette question, je le vois bien ! Nous ne le payerons pas. C’est un cadeau que la maison offre à ses visiteurs ; autrement dit, c’est une réclame.
— Et qu’est-ce qu’une réclame ?
— C’est, d’une manière générale, tout moyen bon à attirer l’acheteur. La réclame opère du reste, de mille façons : par affiches, annonces, envoi de catalogues, cadeaux et demi-cadeaux.
— Demi-cadeaux ?
— Oui, demi-cadeaux. Tenez : voici, par exemple une pièce de soie : elle coûte quatre francs le mètre à la maison, qui vous revend le mètre pour un franc. Tranquillisez-vous du reste : le magasin n’y perd rien. Ce qu’il vous donne de la main gauche, il saura bien vous le reprendre de la main droite. C’est grâce à ces avantages réels sur un article, que vous vous laissez entraîner à en acheter cinquante autres, sur lesquels le vendeur regagne cent fois ce qu’il vous a donné.
Je trouvai cela très ingénieux. Mais un point me rendait perplexe.
— Si l’on vous donne des ballons, que font les gens qui en vendaient ?
— Ils n’en vendent plus et font ce qu’ils peuvent. Autrefois, on en rencontrait par dizaines dans les rues de Paris. Aujourd’hui, il n’y en a plus. C’est un métier tué. Il reste quelques gros fabricants, qui fournissent aux grands magasins la matière première de leurs attrayants cadeaux.
Malgré moi je ne pus m’empêcher de plaindre les pauvres gens dont toute l’industrie se trouvait ruinée par cette agréable innovation.