AU GRAND PRIX

— Voulez-vous vous amuser aujourd’hui et goûter d’un spectacle tout nouveau pour vos yeux d’Oriental ? me demanda l’ami qui avait bien voulu m’aider à me retrouver dans les détours du labyrinthe parisien.

— Je ne demande pas mieux.

— Alors, je vous emmène aux courses. C’est le Grand-Prix, aujourd’hui. Je vous promets observations nombreuses et séance des plus intéressantes.

Nous voilà partis, en route pour le Bois-de-Boulogne.

Chemin faisant, mon ami m’explique rapidement ce qu’on entend par courses. Un certain nombre de chevaux, appartenant à un certain nombre de particuliers, courent à qui arrivera le plus vite à un but déterminé d’avance. Les courses sont plates, lorsque les chevaux ne rencontrent devant eux qu’une route, appelée piste, dépourvue de tout accident de terrain. Elles sont à obstacles, lorsque les bêtes ont à sauter des haies, à franchir des fossés : barrages artificiels, par lesquels la main de l’homme complique l’effort à faire.

— Et à quoi servent ces courses ? Car, enfin, je suppose bien que votre public, si intelligent, ne va pas se déranger à tout moment, pour voir si de dix chevaux engagés, l’un courra plus vite que l’autre. Il est évident que ce résultat se produit toujours et, à la longue, ce spectacle, invariablement le même, finirait par devenir plus fastidieux que nos combats de grillons.

— Elles ne servent à rien, répliqua mon interlocuteur. C’est une institution que nous avons importée d’Angleterre. Nous ne nous amusions plus assez. Alors nous avons été chercher de l’autre côté de la Manche des chevaux à la poitrine aplatie et aux jambes qui n’en finissent pas ; des jockeys de toutes les bigarrures ; puis un tas d’expressions bizarres que chacun est fier de prononcer : turf, starter, handicap, etc., etc. J’oubliais de vous dire que, dans les premiers temps, on nous parlait beaucoup de l’amélioration que les courses allaient introduire dans la race chevaline.

— Cela me semble assez logique, interrompis-je.

— Et voilà où vous vous trompez, comme un simple Européen, reprit mon ami. Les chevaux n’ont pas été améliorés du tout : au contraire, on les a abîmés.