Pour les courses, en effet, il s’agit, avant tout, d’avoir des chevaux qui puissent soutenir, pendant quelques minutes au plus, la plus grande rapidité possible. On s’appliqua donc à débarrasser ces pauvres animaux de toutes leurs qualités possibles : fond, résistance, vigueur soutenue. Nous sommes arrivés ainsi, à créer une race particulière, celle des chevaux de courses. Figurez-vous une planche bien plate, montée sur quatre perches minces et surmontée, en avant, d’une gaule flexible. Voilà le cheval de course, réduit à sa plus simple expression : un des monstres les plus joliment réussis, par lesquels les éleveurs du dix-neuvième siècle ont confirmé les théories de Darwin sur la sélection.
— Alors, que va-t-on chercher aux courses ?
— Une occasion de tuer le temps et de parier.
— De parier ?
— Oui, de parier. Avant chaque course, il s’établit une espèce de jugement provisoire de la valeur respective des chevaux. Ça s’appelle la cote. Chacun parie sur le cheval qu’il espère devoir gagner, et la mise nécessaire pour gagner un louis est plus ou moins forte, suivant que le cheval choisi a plus ou moins de chance d’arriver premier.
— Et qui vous dit qu’un cheval a telle ou telle chance de vaincre ?
— Son origine, — car il y a un livre de noblesse pour les chevaux de course, — son aspect extérieur ; les résultats qu’il a obtenus à des courses antérieures ; enfin, le jockey qui doit le monter : autant de points à combiner, pour arriver à se faire une opinion.
— Dans ces conditions, je vois que l’on peut prévoir, presque à coup sûr, si tel cheval arrivera premier.
— Et vous vous trompez encore, naïf Oriental que vous êtes. A côté de ces données connues interviennent de nombreuses inconnues, qui dérangent les meilleurs calculs.
Ainsi, le propriétaire d’un cheval favori, sur lequel des milliers de gens ont mis leur argent, parie contre sa bête ; et il arrive que le cavalier retient l’animal assez pour perdre…