— Et gagner tout l’argent mis sur le cheval.

— Vous l’avez dit. C’est la course à qui perd gagne. D’autres fois, c’est un jockey qui a de bonnes raisons pour ne pas vouloir gagner ; ou pour empêcher le cheval favori d’arriver.

— Il est avec le turf des accommodements !

— Mais oui ! Je dois ajouter, cependant, que pour le Grand-Prix, cela se passe autrement. Les chevaux qui peuvent gagner sont en petit nombre et les paris se groupent sur deux ou trois favoris, dont l’un sera nécessairement le vainqueur. Si vous perdez votre argent, du moins vous savez pourquoi…

Nous étions presque arrivés. Sur la route poudreuse, voitures, chars à bancs, cavaliers, vélocemen, piétons, se pressaient vers le champ de courses ; encore quelques pas et nous voici au pied des tribunes.

Devant nous, la piste. Ici, l’enceinte du pesage, réservée aux élégants et aux amateurs de premier choix. Là-bas, la pelouse où la foule se presse, devant les bookmakers qui, impassibles, encaissent l’or et distribuent de petites cartes, portant le nom du cheval par vous choisi et la somme engagée.

Je n’étais pas sans avoir vu quelque chose d’analogue en Chine, où j’avais assisté comme tout le monde, pour savoir comment cela se passait, à un combat de grillons. J’avais vu, là aussi, des paris s’engager, quoique sur une bien moindre échelle, mais tout aussi follement. Peu importe, d’ailleurs, le montant de la somme risquée : la frénésie du jeu, la folle passion du hasard, est toujours la même.

Du moins, ces jeux, en Chine, se bornent à un monde assez bas placé, dans l’échelle sociale. Les lettrés croiraient déchoir s’ils s’y livraient autrement que par accident, un jour de fête, comme tout le monde va, ici, aux foires, faire tourner la roulette pour gagner des macarons.

En Europe, au contraire, cette passion des courses a fini par englober toutes les classes de la société, et devient fréquemment fatale à la fortune des nombreux habitués du turf.

— Prenez un cheval, me dit mon ami. Quand on veut connaître les choses, il faut les mettre en pratique. Tenez, poursuivit-il : voilà les trois chevaux qui ont le plus de chances ; mettez sur un de ceux-là.