— Bah ! Ce sont de petits détails, auxquels nous n’attachons pas trop d’importance. La rectification finit toujours par arriver : la vérité reprend ses droits ; l’inventeur du canard n’est pas décapité, lui non plus, mais se voit laver la tête de façon magistrale. Mais tenez, voici de quoi vous intéresser : Regardez ce gros homme, à figure si grave et dont chaque geste montre quelle importance il attache à ce qu’il fait. Comme il paraît pénétré de la grandeur de sa tâche ! Que pensez-vous qu’il fasse ?
— C’est sans doute la forte tête politique de l’endroit ?
— Vous gelez. C’est le rédacteur de l’article « La Mode du Jour ». Il est en train d’apprendre au public féminin comment on devra s’habiller cet été.
— Et celui-ci, qui, armé de gigantesques ciseaux, taille et découpe avec acharnement ?
— Il fait la cuisine.
La cuisine ! Je ne comprenais pas très bien, mais de crainte de paraître ridicule, je n’osai demander d’autres éclaircissements.
— Et son voisin, cet élégant, qui frise sa moustache ?
— Il fait le Cabinet.
Il me sembla que je rougissais. Mon ami ne me laissa pas le temps de l’interroger et continua :
— Tenez, là-bas, de l’autre côté de la table, vous voyez ce vieillard : il fait le Salon. Il est, en ce moment, dans son coup de feu. Mais il vous intéressera moins que cet autre personnage, qui n’a pas son pareil à Paris, pour faire les Chambres.