La cuisine ! le cabinet ! les chambres ! le salon ! Je ne savais ce que tous ces détails de ménage venaient faire dans un journal ; je commençais à croire que mon ami se moquait de moi, lorsqu’il ajouta, en me désignant un grand gaillard qui venait d’entrer comme un coup de vent :

— Ah ! voilà le titulaire du rez-de-chaussée. En retard, comme d’habitude. Il fait manquer le départ une ou deux fois par mois. Mais, que voulez-vous faire ? Il est indispensable et il le sait bien. Il n’y a que lui pour passionner le public et le tenir haletant.

Décidément je n’y étais pas. Je regardai mon cicerone d’un air si ébahi, qu’il se mit à rire de bon cœur.

— Je vous demande pardon, dit-il, mais je ne l’ai pas fait exprès et les mots ne sont pas de moi, pas plus que le jeu de mots, qui a déjà été commis souvent.

Et il m’expliqua ce qu’on entendait, dans le langage spécial de la presse, par les expressions qui avaient causé mon étonnement. A mon tour, je ris bien de cet amusant quiproquo.

A ce moment, le secrétaire de la rédaction vint nous rejoindre.

— Le numéro est à peu près fait, nous dit-il. Si vous voulez descendre avec moi, à l’imprimerie, je pense que ce que vous verrez pourra vous intéresser.

Nous suivons notre guide qui s’engage, avec nous, dans un escalier tournant, assez étroit.

Dans l’atelier, l’équipe, au grand complet, travaille fiévreusement. La main droite va, avec un mouvement d’une régularité automatique, d’une précision de machine intelligente, des petits casiers qui renferment les lettres, au composteur placé dans la main gauche, pendant que les yeux restent attachés aux petites bandes de papier découpé, qui contient la copie. Tout cela se fait dans un profond silence : on sent que tous les cerveaux sont absorbés par le travail. Seule, la machine à vapeur, placée dans la salle voisine, annonce sa présence par quelques ronflements.

J’assiste à la mise en page, au tirage des épreuves. Maintenant on serre les formes, que l’on porte au clichage. Puis, les demi-cylindres de métal sont appliqués sur les cylindres de la machine rotative, qu’on met en train.