— Que voyez-vous là ?

— Une rosace, entourée d’arabesques.

— Regardez bien.

— J’ai beau m’évertuer : je ne vois que des arabesques autour d’une rosace.

On me donne une loupe : et je ne suis pas peu surpris de constater que les traits de la rosace, les contours délicats des arabesques sont formés de lettres minuscules : si petites, qu’il est impossible de les lire à l’œil nu ; que le copiste a dû les écrire à la loupe pour tracer dans un si faible espace, le volume tout entier des Psaumes !

De là, nous passons au cabinet des Médailles, où m’attendent de nouvelles surprises : que de pièces rares, chefs-d’œuvre de la patience et du religieux amour de l’art !

Je sors un peu ébloui. Je jette un coup d’œil, en passant, au cabinet des Estampes, que je me promets de visiter plus à fond, une autre fois.

Nous voici au grand air. Je peux repasser mes impressions et les analyser. A l’immense satisfaction d’avoir vu de si belles choses, se mêle le regret, que j’éprouve très vivement pour mon pays, de ce qu’il ne possède rien de comparable à ce monument merveilleux.

Nous n’avons pas, en effet, d’institution équivalente. Les bibliothèques impériales de Pékin ne s’ouvrent, de par la nature même des livres qu’elles renferment, qu’à un petit nombre de privilégiés, aux docteurs de l’Académie des Han-Lin, par exemple. Puis, ces bibliothèques de même que nos collections de province, sont presque exclusivement chinoises : elles n’ont pas le caractère international de la grande Bibliothèque parisienne.

Il est vrai que, jusqu’ici, le besoin d’une réunion de livres de ce genre, n’existait pas. Tant que nous fûmes renfermés chez nous, notre propre fonds nous suffisait. Maintenant, que les contacts avec le reste du monde deviennent de jour en jour plus fréquents, nous avons besoin, nous aussi, de connaître davantage l’étranger, de nous assimiler ses lettres et ses sciences, d’étudier le passé, d’apprendre l’histoire des peuples avec lesquels, dans la suite des siècles, nous n’avions eu aucune communication.